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 [Elyris - Sàga] Il était une fois... ~ ft. Sàga

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Elyris
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Elyris
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(#) [Elyris - Sàga] Il était une fois... ~ ft. Sàga  [Elyris - Sàga] Il était une fois... ~ ft. Sàga EmptyDim 9 Sep - 23:11


Il était une fois...


« Elyris & Sàga »
Début Kùm 150

Elyris sortit du bois, rouspétant et ronchonnant à qui mieux mieux. Devant elle, les herbes hautes frémissaient sous le passage de Sylva, qu'elle pourchassait. Le raton-laveur avait eu la bonne idée de lui voler le pilon de poulet qu'elle avait acheté, ce qui avait induit une course-poursuite endiablée. Les quelques personnes qui avaient été avec elle, autour du même feu, l'avaient vu détaler en jurant fortement, ce qui était peu commun chez elle. D'habitude, Elyris était la fille timide, voire renfermée, qui ne pipait mot pendant des heures. Et là, ils l'avaient entendue beugler au moins quatre jurons à la suite.

Ce qui faisait que la jeune femme pourchassait depuis dix minutes son animal préféré, tout en sachant pertinemment que cette course était bien vaine : elle ne récupérerait pas son poulet. A partir du moment où Sylva avait posé ses crocs dessus, et donc en était venu à baver dessus, elle avait su que c'était mort pour son dîner. Enfin, pour ce dîner-là en tout cas. En réalité, elle le pourchassait juste pour la forme : pas forcément la force physique, elle était assez endurante comme ça, pour la vengeance ; quitte à ce qu'elle n'ait pas son poulet, autant que personne ne l'ait. Le spectacle était assez comique, surtout vu depuis les feux éparses de la fête : une jeune femme qui courait dans tous les sens, comme une dératée, dans les plaines, à quelques mètres à peine des attroupements, et qui semblait poursuivre... rien du tout, en fait. Personne ne pouvait voir Sylva qui se frayait un chemin devant elle, sauf elle.

Avec un cri de victoire, Elyris se jeta en avant, et chopa le raton-laveur, qui se démena aussitôt et lui griffa légèrement l'avant-bras, jusqu'à ce qu'elle lui maintienne fermement les pattes. « Lâche. Mais lâche, je te dis ! » gronda-t-elle, agitant le morceau de poulet. Avec regret, le raton-laveur dut lâcher prise, et piaula aussitôt alors qu'elle balançait avec vigueur l'aliment dans la nature. S'ensuivit quelques paroles peu amicales échangées avec les espèces de grognements légers de l'animal, puis Elyris le relâcha, et le vit aussitôt partir fureter vers l'endroit où le poulet avait atterri. « Fais attention ! » lui lança-t-elle, bien inutilement. C'était un raton-laveur. Mais b*rd*l, qu'est-ce qu'elle ne voulait pas qu'il lui arrive un malheur.

Elyris se laissa tomber sur le dos, dans l'herbe fraîche. Elle était bien, comme ça. Seule, avec juste les bruits de la fête en fond : les cris, les rires, le crépitement du feu et la bise dans les toiles des tentes. Dans le monde, et en marge du monde. Ce qu'elle aimait le plus : avoir un contact, mais lointain, avec les êtres humains. Là, ici, dans cette partie du monde, c'était parfait. La jeune forgeronne ferma les yeux, et écouta ses pairs s'amuser. Elle rêvait de pouvoir être avec eux, sans avoir peur. De pouvoir rire, boire, taquiner, sans avoir peur. Un rêve inavouable, et surtout impossible, d'où elle était. Elle était bien trop... malade, pour ça. Elyris était dans l'un de ces moments où elle se maudissait, d'être si incapable de se forcer, d'être si introvertie et de manquer tant de choses. Elle rêvait d'une autre vie, d'une autre elle, comme bien souvent dans ces répits qu'elle s'octroyait.

Des bruits de pas, très proches, lui firent rouvrir instantanément les yeux. Elyris n'osa pas bouger, pour ne pas effrayer la personne qui approchait. De même, elle priait fortement pour que ce ne soit pas un couple d'amoureux. La jeune femme entendit les pas se rapprocher, de plus en plus, jusqu'à ce qu'une grande forme sombre la domine. Avec terreur, Elyris vit un pied se lever, et se diriger tout droit vers son visage. « Eh ! » cria-t-elle en levant le bras, roulant sur le côté pour éviter les bottes de la personne, dont elle ne distinguait que le long manteau et le tricorne. L'inconnu, surpris – visiblement, Elyris avait été invisible à ses yeux – et déséquilibré par son mouvement, s'affaissa à moitié sur elle. Elyris se figea aussitôt, surprise de ce contact inopiné. Finalement, après quelques secondes de paralysie totale, elle osa jeter un coup d’œil par-dessus son épaule, pour observer l'inconnu.

Le cœur d'Elyris, qui avait déjà fait plusieurs loupés, ne s'en sortait guère mieux à présent, devant la vision qu'elle avait. C'était une femme, qui lui était tombée dessus. Et une femme à la beauté ensorcelante. Les reflets des feux, peu éloignés d'elle, faisaient chatoyer des étincelles étoilées dans ses cheveux d'or, et éclairaient ses yeux d'une lueur fantastique, sauvage. Son manteau, son tricorne étaient typiquement pankara ; elle sentait le sel, mais aussi la fumée, et les fleurs. Les fleurs Askhadi, ce qui signifiait qu'elle était là depuis quelques jours déjà. Une lueur indéfinissable s'alluma dans les yeux d'Elyris. La prestance de cette femme, ses traits – la ligne de sa mâchoire, ses yeux, ses cheveux en bataille – tout ramenait des souvenirs vivants, loquaces et involontaires dans son esprit. « Sàga ? » Le nom lui avait échappé, aussi involontaire que ces souvenirs. Il y avait bien quelque chose de Sàga, l'apprentie chamane de Pankara qu'elle avait connue, bien des années. Quand elle n'était qu'une petite fille, et pas la jeune adulte de maintenant.
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(#) Re: [Elyris - Sàga] Il était une fois... ~ ft. Sàga  [Elyris - Sàga] Il était une fois... ~ ft. Sàga EmptyVen 14 Sep - 15:11

Sàga n’aimait pas les plaines d’herbe rase qui s’étendaient à perte de vue. Sàga n’appréciait guère de ne sentir aucun embrun fouetter son visage. Sàga détestait ne pas voir la mer ni entendre son chant.

Par tous les dieux, que faisait-elle encore ici, à errer dans ce maudit territoire privé d’océan ?!

Les astres devaient la narguer depuis le firmament, elle en était sûre. Eux pouvaient sans doute apercevoir les confins de la Terre et contempler les rives baignées de vagues sans problèmes. Le royaume de ses dieux se trouvait si loin que s’en était un déchirement rien que d’y songer. On l’avait arrachée à sa patrie, à ses vœux et à son devoir. Pour un peu, elle en aurait pleuré. Ce n’était certes pas la première fois qu’elle quittait Pankara mais, toujours, elle le vivait comme une souffrance. Sa folie redoublait d’ardeur durant ces voyages hors des frontières, malgré tous les efforts déployés par son entourage. Il est des blessures, des maladies, qui ne guérissent jamais.

Son devoir… Son devoir, parlons-en justement ! Ses obligations en tant que chamane du clan l’avaient poussée à accompagner Priam à la fête de l’Alliance. Dix ans que cette fédération entre mortels existait et résistait contre vents et marées. Il fallait bien fêter dignement cette petite victoire ! Sàga observait les réjouissances sans réellement y prendre part. Dès lors que Priam ou qu’aucun autre Pankara ne requérait ses services, elle errait, l’œil morne et méfiant, entre les feux de camps et les marchés, sans parvenir à taire sa mélancolie. Ce supplice durait depuis trop longtemps déjà. Elle sentait le fil ténu qui la reliait au monde des océans, dans son âme, dans son cœur, qui s’amenuisait avec la distance. Elle craignait de manquer d’eau à chaque instant. Dans son sommeil chargé de nuages, elle entendait les plaintes du Kraken et des morts noyés sans gloire.

Dans les premiers jours, elle prit sur elle pour fureter aux différents étals, laisser traîner ses oreilles et ses yeux là où on ne l’attendait pas. L’Alliance l’avait longtemps laissée indifférente. Les dieux ne se préoccupaient guère des tractations humaines, tant qu’ils respectaient les édits divins et l’équilibre spirituel nécessaire à la bonne marche du monde. En bonne chamane, Sàga ne s’était pas penchée sur le sujet car il ne faisait pas appel à ses compétences. Elle ne pouvait toutefois s’empêcher de s’en défier. Une telle Alliance, aussi forte soit-elle, représentait une cible facile pour tous les ennemis de l’équilibre divin. Sàga ne comprenait pas qu’on puisse s’exposer au danger sans se préparer à essuyer des défaites. Les membres de l’Alliance paraissaient bien trop sûrs d’eux.

Cette nuit-là, la fille des abysses se faufilait le long des feux de camp sans s’arrêter. D’humeur maussade, la lippe boudeuse, elle faisait face à sa morosité intérieure et recherchait ardemment le silence. Sa besace serrée jalousement contre son flanc, le tricorne bien enfoncé sur ses yeux et emmitouflée dans son grand manteau élimé, elle cheminait en maugréant, parlant volontiers toute seule telle une ivrogne – alors qu’elle n’avait jamais été aussi sobre de sa vie. Une triste et cruelle vérité l’habitait, qu’elle ne saurait nier. Askhadi, l’Alliance, cette fête : ils la terrifiaient.

Une imprécation jaillit soudain du sol. Interdite, sa jambe suspendue en l’air, Sàga perdit l’équilibre et bascula en avant sans possibilité de se rattraper. Elle s’affala de tout son long sur une forme allongée par terre, chaude et légèrement remuante, que la chamane mit un certain à identifier comme humaine. Les lueurs des feux jouèrent sur un visage juvénile, portant encore quelques marques de l’enfance, traçant des ombres de stupeur et de confusion. Sàga se figea. Si sa première pensée avait été de vérifier que sa bouteille d’eau de mer n’avait pas été brisée dans sa chute, elle se retrouva à dévisager l’inconnue au sol avec beaucoup d’attention.

- Tu connais Sàga ? souffla-t-elle à cause de ses côtes douloureuses, étonnée. Mais Sàga ne te connait pas… A moins que…

Les souvenirs affluaient. L’image d’une enfant curieuse se superposait difficilement à celle de la jeune femme coincée sous son poids. La chamane dut déployer de grands efforts pour chasser sa morosité et, avec de la mauvaise volonté, ranimer sa mémoire. Elle était déjà venue en Askhadi, des années auparavant, avec le vieux Ryujin.

- Est-elle d’Askhadi ? Une petite luciole qui aimait les histoires de sirènes et de pirates ?

Les opales dorées de Sàga ne cillaient pas, braquées sur le visage de la jeune femme.
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Elyris
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(#) Re: [Elyris - Sàga] Il était une fois... ~ ft. Sàga  [Elyris - Sàga] Il était une fois... ~ ft. Sàga EmptySam 15 Sep - 22:20


Il était une fois…


« Elyris & Sàga »
Kùm 150

Elyris était face à cette femme, qui avait un air à peu près aussi sidéré que le sien, elle en était sûre. La Pankara la fixait, les yeux à peine plissés. Elle l'avait vu réfléchir quelques secondes, un léger tic d'agacement traduisant son mécontentement de cette mésaventure. Brièvement, une repartie passa par l'esprit d'Elyris, repartie qu'elle avala et oublia aussitôt, comme toujours. Elle était terrorisée, incapable de bouger tant que la Pankara serait à moitié allongée sur son bassin. La forgeronne avala sa salive, n'osant ni détourner le regard, ni bouger.

« Tu connais Sàga ? Mais Sàga ne te connait pas… A moins que… […] Est-elle d’Askhadi ? Une petite luciole qui aimait les histoires de sirènes et de pirates ? » Elyris avait commencé à croire qu'elle s'était trompée, à la fois surprise par le parler étrange et par l'affirmation. Elle s'arrêta bien vite, sourcils froncés, bouche ouverte sur des mots qu'elle ne prononcerait. Mais alors... C'était bien Sàga ? Oui, évidemment ; qui d'autre parlait ainsi ? Elyris referma la bouche, et dévisagea la chamane, dans un état indescriptible. Lorsque Sàga l'interrogea, à la troisième personne, Elyris mit un peu de temps à comprendre que c'était d'elle qu'elle parlait. Personne ne l'avait jamais appelée « luciole ». La jeune femme acquiesça doucement, la gorge toujours serrée. Elle ne savait pas du tout comment réagirait Sàga à ces retrouvailles impromptues et bien des années après le départ de Sàga, sur les routes des clans avec son mentor. Et ça l'effrayait : elle avait peur que Sàga ne lui saute dessus, ne la prenne dans ses bras, ne l'embrasse, bref, ne fasse un quelconque geste affectif envers elle.

Les souvenirs d'Elyris remontaient petit à petit, marée doucement montante mais brassée. Tous se mélangeaient : ceux où elle écoutait religieusement Sàga lui conter des légendes, ceux où elle la poursuivait sans relâche, ceux où elles jouaient ensemble à donner vie à leurs histoires favorites. Elyris avait été une enfant innocente, quelque part, bien loin et bien longtemps auparavant. De ces moments passés avec la chamane, elle gardait le goût doux-amer de celui d'une amitié profonde, mais infantile, mais éphémère. Une amitié qui l'avait portée à travers mille lieux et mille continents, à voguer sur des mers exotiques et à rencontrer des personnages fantastiques. Oui, elle avait été cette petite fille qui aimait les histoires de sirènes et de pirates.

Les yeux d'Elyris s'écarquillèrent subitement, lorsqu'elle vit Sylva reparaître, et surtout grimper sur le dos de Sàga et se mettre à lui pétrir avec bonheur le dos, l'air béat. Le raton-laveur piétina la Pankara quelques instants, puis vint s'asseoir à côté de la tête d'Elyris, et observa avec curiosité la chamane. Elyris s'était sentie devenir rouge pivoine : Sylva était sans gêne, et rarement aussi familier avec quelqu'un. Juste gênant, en somme. L'animal décida alors de lui grimper dessus, l'étouffant à moitié, ce qui la fit râler : « Sylvaaaaa. Sérieux, descends de là. T'as les pattes pleines de terre en plus ! » Elyris se frotta le visage, et ne réussit qu'à étaler un peu plus la terre sur ses joues et son cou. Elle fusilla du regard Sylva, tout en le bénissant : il lui permettait d'oublier un tant soit peu les yeux de Sàga braqués sur elle, et sa gêne, et sa frayeur.
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(#) Re: [Elyris - Sàga] Il était une fois... ~ ft. Sàga  [Elyris - Sàga] Il était une fois... ~ ft. Sàga EmptyMar 25 Sep - 15:15

La lumière sise dans les prunelles de l'infortunée s'intensifia tandis qu'elle se remémorait une amitié d'enfants, éphémère et pourtant précieuse. Et la chamane fut bien en peine de la contredire. La luciole n'était pas très fidèle à son souvenir. Naguère, elle trottinait derrière l'apprentie de Ryujin, en posant mille et une questions, des étoiles et des baleines peuplant les eaux limpides de son regard. Aujourd'hui, il y avais moins de spontanéité, moins de joie, dans ces yeux-là. Ce fut peut-être cela qui frappa en premier lieu Sàga. Il y avait trop de peur dans le cœur de la luciole et elle ne le comprenait pas.

Sàga émit un couinement indigné comme elle sentait un animal lui bondir dessus pour lui pétrir le dos. Avec stupeur, elle vit un insolent raton-laveur atterrir devant ses yeux. Elle comprit, en le voyant se vautrer sur le visage de la jeune femme, que cet animal n'avait d'autre maître que celui qu'il souhaitait. Après un bref sourire attendri, elle lui tira résolument la langue et entreprit de se relever. A genoux dans l'herbe humide, elle épousseta distraitement son manteau, défit quelques nœuds dans ses cheveux indisciplinés et remit d'aplomb son tricorne. Alors seulement songea-t-elle à vérifier, à gestes fébriles, que le contenu de sa besace n'avait pas souffert dans sa chute. La bouteille de verre tinta en s'entrechoquant légèrement avec les autres flacons et babioles qui jonchaient le fond de son sac. Ce tintement de bon augure lui arracha un immense soupir de soulagement. Elle éleva les bras haut vers le ciel, le sourire aux yeux avant de baisser à nouveau les yeux sur son matelas improvisé. Malice et curiosité étincelaient dans ses yeux de citrine.

- Elyris.

Ce n'était pas une question.

- Bien sûr que c'est Elyris ! La petite luciole a bien grandis mais elle est restée... Une luciole !

Sàga se mit à rire gaiement et battre des mains, comme s'il s'agissait d'une bonne plaisanterie. Elle jeta un long regard dégoûté à la plaine avant de reporter son attention sur sa compagne d'infortune.

- La luciole aime toujours les bonnes histoires ? Que fait-elle, maintenant qu'elle a l'âge de voguer en solitaire ? Est-elle venue pour la fête, elle aussi ? Cela fait trop longtemps que Sàga n'a pas remis les pieds en Askhadi. Elle a oublié beaucoup de choses ! Elle s'ennuie ici... Mais Elyris est là, maintenant. Sàga va pouvoir s'amuser !

Une flamme dangereusement aventureuse éclairait son visage.
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(#) Re: [Elyris - Sàga] Il était une fois... ~ ft. Sàga  [Elyris - Sàga] Il était une fois... ~ ft. Sàga EmptyLun 8 Oct - 20:24


Il était une fois...


« Elyris & Sàga »
Kùm 150

Du coin de l’œil, Elyris aperçut Sàga qui se redressait et remettait ses vêtements d'aplomb, avant de fouiller avec empressement dans son sac, puis de lever les bras au ciel avec un air de ravissement qui ne la surprit... pas plus que ça. Sàga était déjà originale, dans ses souvenirs de petite fille : toujours en décalage, souvent exubérante. Déjà alors, elle trouvait cela touchant. Petite fille, elle se rêvait aussi extravertie, capable de faire ces mêmes grands gestes et grands cris que la Pankara. Ce dont elle n'avait jamais été capable, et n'en serait plus jamais, elle en était certaine.

« Elyris. […] Bien sûr que c'est Elyris ! La petite luciole a bien grandis mais elle est restée... Une luciole ! […] La luciole aime toujours les bonnes histoires ? Que fait-elle, maintenant qu'elle a l'âge de voguer en solitaire ? Est-elle venue pour la fête, elle aussi ? Cela fait trop longtemps que Sàga n'a pas remis les pieds en Askhadi. Elle a oublié beaucoup de choses ! Elle s'ennuie ici... Mais Elyris est là, maintenant. Sàga va pouvoir s'amuser ! » Elyris releva les yeux vers Sàga, médusée. Entre-temps, Sylva avait de nouveau disparu dans les ténèbres des hautes herbes, l'abandonnant à son triste sort.

Elyris ramena ses jambes vers elle, et se redressa également pour s'asseoir, les genoux repliés contre sa poitrine, entourés de ses bras. Position fœtale verticale ; position de surprise et d'inconfort. Il n'y avait bien que Sàga pour l'appeler luciole. A vrai dire, Elyris n'avait aucune idée d'où lui venait ce surnom. « Je suis forgeronne. Ici, à Nisida. Et oui, j'aime toujours les histoires. » Un sourire teinté de nostalgie étira ses lèvres et égaya ses yeux. Les histoires restaient son petit plaisir. Quand elle le pouvait, avec les quelques recettes qu'elle économisait pour elle, elle s'achetait un livre. De temps en temps, au marché, le marchand de l'étal à côté du sien, un étal de livres, lui en prêtait un pour la journée et pour l'attente. Il n'était pas rare de voir Elyris dévorer un livre, à moitié allongée entre deux hallebardes. Composition étrange et fantasque.

Elyris fronça subitement les sourcils. Sàga était très enjouée ; en contrepoint de la forgeronne, ce n'était pas très difficile de paraître exubérant. « Attends... Qu'est-ce que tu veux dire par s'amuser ? » Elyris avait perdu l'habitude de s'amuser, et elle n'aurait jamais pensé être un jour sujet d'amusement. D'où sa méfiance, due à son trouble et à son esprit qui avait tendance à tout sur-interpréter. Interprétations étranges et fantasques.
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(#) Re: [Elyris - Sàga] Il était une fois... ~ ft. Sàga  [Elyris - Sàga] Il était une fois... ~ ft. Sàga EmptyMar 30 Oct - 19:02

Le visage tourné vers le ciel, Sàga semblait s’être désintéressée de sa jeune comparse. En apparence, seulement. Le regard levé vers la voie lactée, elle se demandait soudain si les mêmes étoiles scintillaient au bord de l’océan et dans ces plaines. Cette question la hanta durant plusieurs secondes de terrible incertitude, desquelles elle ne retira finalement qu’une infinie confusion. Incapable de masquer son trouble, elle choisit de reporter son attention sur Elyris. Elle n’avait pas manqué de l’entendre s’exclamer. Elle n’ignora pas non plus ce que signifiait sa posture repliée. Les apparences se montraient on ne peut plus trompeuses avec la chamane. A cause de la folie fantasque, dérangeante et extravagante dont on l’affublait, son intelligence était injustement sous-estimée. Il n’y avait guère plus observateur ni plus sensible qu’elle chez les Pankaras. Elle savait, en règle générale, bien plus de choses qu’elle ne le disait. Ce soir, elle remarquait une chose étonnante qu’elle n’avait jamais vue auparavant chez sa comparse. Elyris avait peur. Et elle ne comprenait pas pourquoi.

Sàga était maintenant convaincue qu’elle avait bien reconnu Elyris, cette enfant d’Askhadi rencontrée des années auparavant. La concernée n’avait d’ailleurs rien fait pour la démentir. Mieux : elle avait confirmé cette hypothèse ! La chamane se souvenait d’une gamine efflanquée, à la peau de cuivre et au sourire solaire, qui lui avait collé aux basques durant tout son séjour à Nisida en compagnie de son mentor. Une incroyable pipelette qui lui avait sans cessé réclamé des histoires de fantômes et de baleines volantes, qui réapparaissait par le plus grand des hasards sur sa route, réchauffait le cœur de Sàga… Tout en l’interrogeant. Elle reconnaissait la fêlure dans la voix d’Elyris, de même que sa position. La maîtresse des forges serait-elle un alliage fragile, en fin de compte ? Sàga se souvenait d’une enfant vive et curieuse, aux yeux emplis d’une lumière rappelant le vol des lucioles à la nuit tombée. Que s’était-il passé,  ces dernières années, pour ternir ainsi l’éclat d’Elyris ?

- Oh oui, elles vont bien s’amuser !

Sàga n’allait pas céder face aux craintes des uns et des autres. Qu’importait la retenue ou la peine, elle saurait ranimer les braises de sa luciole le temps de la fête. Les dieux ne les avaient pas placées sur la route l’une de l’autre sans une bonne raison. A quatre pattes dans l’herbe, la Pankara étudiait du regard Elyris, le visage au plus près du sien comme pour happer son regard au fond de ses prunelles dorées, sans se départir de son sourire.

- Sàga et la petite luciole ne vont pas rester à l’écart dans le noir. Ça ne se fait pas ! Sàga n’aime pas le climat d’Askhadi, plus encore quand elle s’ennuie. Alors elle va partir à l’aventure avec Elyris ! Elles ont du temps à rattraper ensemble ! Il faut qu’Elyris lui raconte tout ce qui s’est passé ici après son départ. Comment est-elle devenue forgeronne ? A-t-elle un amoureux ou une amoureuse ? Quelles sont les meilleures histoires d’Askhadi ? Est-ce que la luciole a déjà vu un chef de clan ? Est-ce vrai que les centaures existent ?!
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(#) Re: [Elyris - Sàga] Il était une fois... ~ ft. Sàga  [Elyris - Sàga] Il était une fois... ~ ft. Sàga EmptyMar 30 Oct - 21:04


Il était une fois


« Elyris & Sàga »
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Pendant quelques instants, Sàga est distraite, le regard levé vers les étoiles, les traits tirés en une expression de réflexion et de confusion. Finalement, elle reporta son attention sur Elyris, qui détourna aussitôt le regard, gênée de croiser ses yeux dorés, et d'avoir été prise en flagrant délit d'observation. Même innocente. « Oh oui, elles vont bien s’amuser ! » s'exclama Sàga. Subitement, la forgeronne se retrouva nez à nez avec la chamane, à présent à quatre pattes devant elle, leurs visages à à peine quelques centimètres l'un de l'autre. Elyris pouvait sentir le souffle de la Pankara sur sa pommette, descendre sur sa joue et mourir dans son cou. Elle déglutit difficilement, subjuguée par les yeux dorés de la chamane. Sàga n'avait pas changé. Toujours aussi délurée. Mais Elyris, elle, avait changé. Si la proximité, la complicité qu'elle avait avec l'apprentie chamane il y a des années lui semblait normale à l'époque, elle lui était aujourd'hui impossible. Elle ne pouvait pas, elle ne se sentait pas capable de la suivre partout, comme elle le faisait dans ces temps heureux. Elle en avait peu de souvenirs, si ce n'est celui des histoires, des mots, de la voix de Sàga qui entrait dans son crâne et y imprimait des histoires, ces contes dont elle raffolait tant, ces légendes qui l'enivraient, ces mythes qui lui procuraient un plaisir insatiable.

Non, elle ne pouvait plus agir ainsi. Trop de temps avait passé depuis. Elle était trop... brisée pour ça. Brisée. C'était le mot qui lui convenait le plus. Elle le détestait, le haïssait, n'aimait pas l'image qu'il renvoyait d'elle, mais il était vrai. Juste, adéquat. Elyris était brisée. Et elle se relevait à peine. « Sàga et la petite luciole ne vont pas rester à l’écart dans le noir. Ça ne se fait pas ! Sàga n’aime pas le climat d’Askhadi, plus encore quand elle s’ennuie. Alors elle va partir à l’aventure avec Elyris ! Elles ont du temps à rattraper ensemble ! Il faut qu’Elyris lui raconte tout ce qui s’est passé ici après son départ. Comment est-elle devenue forgeronne ? A-t-elle un amoureux ou une amoureuse ? Quelles sont les meilleures histoires d’Askhadi ? Est-ce que la luciole a déjà vu un chef de clan ? Est-ce vrai que les centaures existent ?! » Elyris déglutit de nouveau difficilement, peu rassurée. « Mais... Tu connais déjà Askhadi ! » Oui, elle essayait de se défausser. Elle n'était pas prête à revivre le passé, à retourner sur les traces d'une époque perdue. « Il faut qu'Elyris lui raconte tout ce qui s'est passé ici après son départ. » Bien sûr. Elle allait lui dire que huit mois après son départ, sa mère mourrait ? Que ça l'avait changée pour toujours, que ça l'empêchait d'avoir tout type de relation, qu'elle avait peur du moindre inconnu qu'elle n'avait pas vu depuis longtemps ? Evidemment, qu'elle n'allait pas lui dire ça. C'était toujours trop dur ; des mots qui ne pouvaient pas dépasser le stade de l'inarticulé, qui ne pouvaient pas se mettre en mots. Pathétique. Elyris, une nouvelle fois, se haït d'être si incapable.

La jeune femme décida de faire un effort. Après tout, elle connaissait Sàga. Non ? Alors, Elyris se râcla la gorge, et se lança prudemment, toujours guère rassurée : « Je suis devenue forgeronne parce que... ça me plaît. C'est... Je ne sais pas, j'ai vu les étincelles du marteau sur le fer, et j'ai su que je voulais faire ça. Et... non, pas de... » Elle fut incapable de le dire, les yeux perdus dans le vague, malgré les deux lanternes inquisitrices fixées sur elle. « Et oui, j'ai vu un chef de clan. Nukka, d'Orketa. Il y a deux jours, en fait. » Elyris se tut de nouveau, plus détendue. Elle n'aimait pas se dévoiler, alors revenir sur des questions plus... universelles, lui convenait tout à fait. « Tu connais déjà les meilleures histoires d'Askhadi. Et non, les centaures n'existent pas. » soupira-t-elle, à la fois amusée et désespérée. En fait, c'était bon de retrouver la folie de Sàga. Mais... Il y a une dizaine d'années, elle avait dit oui. Elle avait dit que les centaures existaient, et qu'elle le prouverait. Lorsqu'Elyris s'en rendit compte, elle croisa de nouveau les yeux de Sàga, avec cette lueur dans les prunelles qui signifiait qu'elle avait saisi. Quand avait-elle abandonné ces rêveries d'enfance ?
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(#) Re: [Elyris - Sàga] Il était une fois... ~ ft. Sàga  [Elyris - Sàga] Il était une fois... ~ ft. Sàga EmptyMer 21 Nov - 17:09

Dans les vastes orbes dorés de la chamane, le reflet d'une petite fille se métamorphosait soudainement en une brave forgeronne. L'éclat des braises illuminait la nuit. Les coups de marteau s'accompagnaient du fracas du tonnerre. Le feu jaillissait sous les mains de la petite luciole. Plus que jamais, elle irradiait de lumière. Cependant, il y avait encore des zones d'ombres dans ce petit soleil. Ces ténébreux serpents s'enroulaient autour de sa poitrine, de son front, du moindre de ses membres. Ils bloquaient ses mouvements. Entravaient ses rêves. Brouillaient ses sens. Sàga avait envie de pleurer devant tant de beauté gâchée.

- Hum, émit la Pankara sans reculer, le nez toujours à quelques centimètres de celui de sa jeune comparse.

Sàga resta un instant silencieuse, avant de lentement prendre ses distances.

- Elyris a eu une belle vie. C'est bien. Mais est-ce suffisant ?

Ramenant ses genoux sous elle pour s'asseoir en tailleur, Sàga s'autorisa un large bâillement. Lorsqu'elle reporta son attention sur Elyris, une ombre d'hésitation passa sur son visage. Elle battit des cils, comme revenant doucement à elle-même – si tant est qu'elle puisse correctement se reconnecter au réel.

- Les centaures existent si on y croit, petite luciole. Sàga te le prouvera. Sàga est la Parle-Aux-Dieux de Pankara, maintenant. Elle sait beaucoup de choses...

Bondissant sur ses pieds avec la vitesse d'un cobra, la chamane se remit debout avec un cri de joie qui résonnait dans la brise nocturne. Un large sourire s'étalant sur ses traits, elle tendit la main vers l'Askhadi, l'invitant du regard et des doigts à la suivre sur le chemin de l'aventure, la vraie.

- Il temps de s'amuser ! Elyris va montrer tous les endroits les plus intéressants de la fête à Sàga ! Et lui raconter ses meilleures histoires !
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(#) Re: [Elyris - Sàga] Il était une fois... ~ ft. Sàga  [Elyris - Sàga] Il était une fois... ~ ft. Sàga EmptyJeu 22 Nov - 13:17


Il était une fois...


« Elyris & Sàga »
Kùm 150

Les yeux de Sàga restèrent plongés dans ceux d'Elyris pendant un long moment. Et Elyris était charmée par ces yeux. Ambrés, tel le feu, elle y voyait des ombres, des étincelles, des rêves. Des formes y dansaient, s'effaçaient, s'altéraient. C'était étrange, mais fascinant. Les yeux de Sàga lui semblaient devenir flammes contant une histoire, soleil mythique de rêveries intérieures. Elle en oubliait presque leur proximité. Non, elle en oubliait leur proximité. Pour la première fois depuis bien longtemps, Elyris était détendue, alors même qu'une femme dont elle se souvenait à peine se tenait à quelques centimètres à peine d'elle. Il y avait quelque chose de rassurant dans l'étrangeté solaire de Sàga.

Puis, la Pankara s'écarta, et se rassit convenablement. Son bâillement fit sourire Elyris, qui devint bien vite hésitant lorsqu'elle se retrouva de nouveau face à ses yeux interrogateurs. Mais cette fois-ci, ils étaient hésitants. Posés sur elle, elle avait l'impression que Sàga refusait de la voir. Refusait de voir ce qu'elle était devenue. Elyris se souvenait bien, dans son enfance, que Sàga avait toujours été déconnectée de ce monde. Elle admirait cela. Après son départ, elle s'était même appliquée à agir comme elle. A prendre du recul, à tout voir sous un autre angle. Et la vie s'était rappelée à elle, violente, brutale et fatale.

« Il est temps de s'amuser ! Elyris va montrer tous les endroits les plus intéressants de la fête à Sàga ! Et lui raconter ses meilleures histoires ! » Elyris sursauta, et eut un même un vif mouvement de recul après le bond de Sàga. Son cœur s'affola dans sa poitrine, galopant à toute allure et emportant sa frayeur jusqu'à des sommets. De nouveau tétanisée, les yeux écarquillés, les pupilles dilatées, elle fixa la main de Sàga avec terreur. Pouvait-elle vraiment la toucher ? Sàga accepterait-elle vraiment qu'elle la laisse la toucher ? Elle l'invitait à le faire, mais le pensait-elle réellement ? N'était-ce pas uniquement symbolique, un simple geste pour accompagner ses paroles ? Et où voulait-elle l'emmener ? Encore une fois, le retour à la réalité fut violent. Elyris dut faire un effort pour se persuader que Sàga était sincère. Ce n'était pas la chamane de Pankara qui allait la guider, c'était Elyris qui allait la guider. Sàga lui laissait le choix : de prendre sa main ou non, de lui faire visiter ou non, de lui parler ou non. En réalité, ce fut cela qui décida Elyris à commencer à briser ses barrières. Hésitante, presque tremblante, elle posa sa main dans celle de Sàga, la tête baissée, seule la terre en ligne de mire. Rapidement, sans trop prendre appui sur Sàga, Elyris se redressa, et ôta aussitôt sa main de l'emprise des doigts de la chamane, pour se frotter, mal à l'aise, les bras. « Je… Sa voix lui fit défaut, et elle dut l'éclaircir. Je n'ai pas beaucoup d'histoires à raconter. Je peux te montrer la... la bibliothèque de Nisida, si tu veux ? » Ce n'est pas ce que tu veux. Mais c'est tout ce que je suis en mesure de t'offrir pour l'instant.
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(#) Re: [Elyris - Sàga] Il était une fois... ~ ft. Sàga  [Elyris - Sàga] Il était une fois... ~ ft. Sàga EmptyLun 3 Déc - 20:31

Un frôlement de doigts signifiait peu et tout à la fois. Ce contact évanescent, fuyant, extirpa un frisson de la carcasse semi-humaine de la chamane. Fille des esprits, façonnée par les vagues autant que par les actions des Hommes, Sàga voyait généralement dans les contacts humains une ancre superflue, voire gênante. Cette amarre malvenue la rattachait à la terre, à des êtres vivants éphémères qui rusaient par le cœur et mentaient par la bouche, des créatures si fragiles et sottes dans leurs désirs qu’elles en devenaient attendrissantes. Car Sàga ne pouvait pas renier son enveloppe charnelle sans abandonner son devoir – envers le clan comme envers les dieux -, elle acceptait le besoin de proximité physique inhérent à sa condition. Les terrestres aimaient les contacts, qui rendaient la réalité plus douce et qui révélaient ce que les mots taisaient. Ils étaient des êtres sociables, après tout.

Sàga sentit la brûlure des doigts hésitants d’Elyris entre les siens et amorça une grimace. La luciole fuyait autant les contacts qu’elle-même mais elle la soupçonnait de ne pas le faire pour les mêmes raisons. Tapie dans les prunelles de l’Askhadi, il se lisait une souffrance latente, lancinante, hélas confortablement installée. De là débutait l’incompréhension apeurée de la chamane. Durant sa prime jeunesse, elle-même avait été le jouet de cruautés qui dépassaient l’entendement. Songer à cette époque la rendait songeuse mais ne provoquait plus qu’un lointain malaise, comme on se souviendrait de la douleur ressentie lors d’une précédente blessure. Sàga s’était engagée sur la voie des dieux par choix et, depuis, toute sa vie était faite de choix. Pourquoi Elyris ne pouvait-elle pas choisir à son tour de ne plus souffrir ?

- Oui ! Elle va montrer la bibliothèque à Sàga !

Sàga sautait littéralement de joie. Certes, l’idée de s’enfermer entre quatre murs dépourvus de la caresse du vent et des embruns lui parut extrêmement déplaisante mais elle ne fit que lui effleurer l’esprit. La chamane savait lire – pas très bien – et adorait les histoires venues des quatre coins du monde. Peut-être était-ce simplement dans sa nature ; peut-être était-ce un reliquat de son enfance volée ; ou peut-être était-ce une marque inconsciente laissée par sa mère en elle. Sa génitrice avait été une marchande ambulante passionnée par les histoires et la première conteuse que connut Sàga. Bien qu’elle ne puisse se rappeler le visage de sa mère, ni son rire ni sa voix, elle savait d’instinct que les contes faisaient partie intégrante de sa vie bien avant qu’elle ne sache marcher.

- Il fait nuit noire, par ici. On y voit comme à travers une pelle ! Sàga et Elyris parviendront-elle à s’orienter par ce temps ? Où se trouve Nisida ? Est-ce loin ? Les livres de Nisida parlent-ils de combats idylliques et de romances féroces ?

Le nez de Sàga touchait presque celui d’Elyris. Elle s’était à nouveau penchée avec la rapidité et l’agilité d’une anguille sur la forgeronne, plongeant ses iris dorés dans les siens sans ciller, avec toute la gravité dont elle pouvait faire preuve. Après quelques secondes d’observation, Sàga se recula avec souplesse, telle une élégante araignée de mer étirant ses membres. Sa voix flûtée retentit à nouveau avec davantage d’enthousiasme.

- A la chaloupe ! s’exclama-t-elle en levant les bras au ciel.

Comme il n’y eut pas de réponse de la part de l’océan – trop loin pour entendre son appel -, Sàga poussa un soupir à fendre l’âme et se résolut à siffler. L'absence de la mer s'avérait être une belle épine dans le pied. Puis elle reporta son regard sur sa jeune compagne. Comme un regard d'excuse.

- Sàga voyage en compagnie de Syren. C’est une bonne jument. Mais elle est restée au camp. Sàga ne sait pas si elle a pu l’entendre l’appeler à cette distance.


Dernière édition par Sàga le Jeu 6 Déc - 15:51, édité 1 fois
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(#) Re: [Elyris - Sàga] Il était une fois... ~ ft. Sàga  [Elyris - Sàga] Il était une fois... ~ ft. Sàga EmptyMar 4 Déc - 19:43


Il était une fois...

Elyris & Sàga - Kùm 150


Fairy tales never end

Pendant quelques instants, le temps qu'elle se relève, Sàga sembla apaisée. Mais Elyris vit clairement la grimace de la chamane lorsqu'elle refusa de prolonger leur contact. Ou parce qu'il y avait eu contact ? Elle n'en savait rien, mais il n'empêchait qu'elle en ressentit une honte profonde. Une terreur terrifiée aussi. Elle avait probablement encore fait quelque chose de mal. Ou pas correctement. Elle ne savait pas, plus, se comporter avec autrui. Et Sàga était déjà difficile à cerner. « Oui ! Elle va montrer la bibliothèque à Sàga ! » Elyris sursauta de nouveau, plus violemment cette fois, lorsque Sàga se mit, littéralement, à sauter de joie. Ca ne devrait pas l'étonner, mais les changements d'humeur si extrêmes et si subits de Sàga ne cessaient de la prendre par surprise. Son cœur tonnait, affolé, dans sa poitrine, comme s'il voulait s'en échapper pour hurler, à pleins poumons : JE NE PEUX PAS ! Elyris fut saisie d'un long tremblement, les larmes aux yeux de tant de douleur refoulée et de tant de peur de mal faire.

« Il fait nuit noire, par ici. On y voit comme à travers une pelle ! Sàga et Elyris parviendront-elle à s’orienter par ce temps ? Où se trouve Nisida ? Est-ce loin ? Les livres de Nisida parlent-ils de combats idylliques et de romances féroces ? » Elyris, comme perdue dans un monde bien lointain, bien opaque, revint à elle, et loucha ostensiblement sur le nez de Sàga. Ce n'était pas fait exprès ; elle ne s'attendait pas à la retrouver si proche d'elle à nouveau. Encore moins aussi rapidement. Essayait-elle de briser ses murailles forgées par des années de phobie ? Elyris se retrouva bloquée pendant quelques secondes, de nouveau prise sous le feu des yeux de Sàga ; un feu qui la passait au crible, détaillait chaque part de son être et cherchait à en sortir les ombres. Un feu insidieux, qui rampait dans la tête d'Elyris, sous sa peau, la chatouillait et la dérangeait. Presque assez pour qu'elle réagisse. Presque. « A la chaloupe ! » C'était trop tard. Ou trop tôt. Sàga s'était reculée, poussant une exclamation typiquement pankara et se désespérant de façon tout aussi pankara de l'absence de chaloupe dans les environs. Les yeux d'Elyris s'écarquillèrent encore une fois, lorsqu'un sifflement strident s'échappa des lèvres de la chamane. Elle n'allait plus de surprise en surprise, elle sautait d'incrédulité en incrédulité ! « Sàga voyage en compagnie de Syren. C’est une bonne jument. Mais elle est restée au camp. Sàga ne sait pas si elle a pu l’entendre l’appeler à cette distance. » Une explication rationnelle. Ca sonnait tellement étrange dans la bouche de Sàga.

« Ah... » laissa échapper Elyris, avant de délier ses bras, bien qu'elle reste tendue. « Hum. Nisida n'est pas très loin. Une dizaine de minutes de marche. Environ dix autres pour rejoindre la bibliothèque. Et pour la lumière il suffit de prendre une torche en chemin. Je doute qu'ils s'amusent à recompter le nombre de bouts de bois dans chaque feu à la fin de la journée. » Elyris se trouvait bien pragmatique. Où était passée la rêverie dans laquelle parler de livres – ou de son art – la plongeait habituellement ? L'Askhadi tourna légèrement sur elle-même, et lança un regard à Sàga : « Commençons à marcher ? Elle nous rejoindra si elle t'a entendue. » Les livres de Nisida parlaient-ils de combats idylliques et de romances féroces ? Elyris n'en savait plus rien. Son esprit s'était vidé de tout ; elle n'avait plus aucun souvenir de ses lectures. La panique occultait tous ses souvenirs ; elle se sentait prête à sombrer...

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(#) Re: [Elyris - Sàga] Il était une fois... ~ ft. Sàga  [Elyris - Sàga] Il était une fois... ~ ft. Sàga EmptyMar 18 Déc - 1:03

Etait-on fou parce qu’on était chaman ? Ou était-on chaman parce qu’on était fou ? Voilà une question digne d’être posée.

Fantasque, déviante, versatile, bizarre… On avait toujours trouvé Sàga bizarre. La zone d’ombres tâchées de sang, dans son passé, demeurait un traumatisme vivant, pareil à un petit monstre volant ses nuits et se disputant son enveloppe charnelle le jour. Sur les ruines glacées de son enfance, elle avait posé les premières pierres de sa nouvelle psyché, avec ce que les gens disaient d’elle, ce que les gens voyaient d’elle, avec leurs pensées nauséabondes autant qu’avec leur maigre pitié. Sans l’amour de son tuteur, elle serait déjà une âme errante naviguant aux côtés des dieux pour l’éternité. On la jugeait bizarre, alors pourquoi ne le serait-elle pas ? Parce que personne d’autre ne pouvait endosser son rôle, à l’heure actuelle, ni se permettre soi-même d’agir comme elle le faisait, alors ce rôle serait le sien. Alors elle agirait là où personne ne le faisait. Alors elle serait bizarre, libre de ses actes et de ses pensées, pour faire entendre la voix des dieux. N’était-ce pas les autres qui étaient véritablement bizarres, sourds et aveugles infortunés qui n’entendaient pas les murmures des dieux ? Sàga avait été touchée par la folie, ou par la grâce : qu’importe ! Sa mission lui avait été révélée, des années de cela, lorsqu’il avait fallu trouver un nouveau sens à sa vie. Pour l’empêcher de rejoindre son vrai foyer, le silence bienveillant des abysses et le monde des esprits des eaux, elle devait rester sur terre, supporter la vie terrestre telle une sirène en exil et assumer sa mission de guide spirituel pour son peuple. Jusqu’à la fin, jusqu’à la mort.

- Alors, en route !

Sàga emboîta docilement le pas à Elyris, certaine que sa luciole saurait trouver le chemin dans l’obscurité. Elle gambadait, sautillait, quelques pas en arrière, dans le sillage de la jeune femme. Elle virevoltait autour de celle-ci tel un papillon de nuit affolé par les lueurs des torches. Elle papillonnait, en essayant de tout voir, tout capter autour d’elle. Pour un temps, elle en oubliait la douleur lancinante d’être loin de l’océan.

- Y-a-t-il un puits à Nisida ? Sàga devra remercier les dieux d’avoir mise Elyris sur sa route. Elle aura besoin d'eau pour ça.

Des lumières vacillaient dans le lointain. En jetant un coup d’œil par-dessus son épaule, la Pankara distinguait encore les feux de camps et les silhouettes floues qui dansaient dans leur lueur. Elle percevait l’écho ténu des chansons et des rires, même à cette distance. Tandis qu’elle reportait son attention sur sa guide, elle la rattrapa, calquant son pas sur le sien, sans la regarder.

- Sàga flaire la peur. Elle voit plus de choses que les gens ne veulent le croire. Sa petite luciole a peur…

Sa voix s’était faite soupirs et chuchotis. Une grande marée de tristesse envahissait son regard.

- Que la luciole ne craigne rien. Sàga connait des remèdes contre les cauchemars. Elle ne mentira pas en disant que tout ira bien. Mais elle sait… Sàga connaît bien la peur mais elle n’est pas son ennemie. La peur est un malheureux fantôme. Il ne faut pas avoir peur des fantômes. Ils n’ont que de la pitié pour les vivants. Il faut savoir lui dire merci. Et aurevoir.
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(#) Re: [Elyris - Sàga] Il était une fois... ~ ft. Sàga  [Elyris - Sàga] Il était une fois... ~ ft. Sàga EmptySam 22 Déc - 18:42


Il était une fois…

Elyris & Sàga - Kùm 150


Fairy tales never end

« Alors, en route ! » Elyris esquissa un léger sourire, vite teinté de tristesse et de panique. Ce serrement qui la prenait au cœur était la nostalgie d'une enfance libérée et sans soucis. La présence de Sàga dans son dos rameutait ces souvenirs ensoleillés ; et faisait monter la panique dans tous ses membres. Une vague de terreur qui envahissait son sang et irriguait son cerveau d'électrochocs. La jeune femme resserra de nouveau ses bras autour de son torse, la gorge sèche. « Y-a-t-il un puits à Nisida ? Sàga devra remercier les dieux d’avoir mise Elyris sur sa route. Elle aura besoin d'eau pour ça. » La mention d'eau lui assécha un peu plus la gorge, mais Elyris se retrouva incapable de répondre, des points noirs commençant à brouiller sa vision. Elle sentait la crise de panique pointer, accentuée par la gaieté de Sàga, qui tourbillonnait et virevoltait derrière elle, puis autour d'elle. Mécaniquement, Elyris avait pris le chemin de Nisida, et avait laissé les feux de la fête dans son dos. Mais les bruits ne parvenaient plus à ses oreilles, occultés par des bourdonnements d'anxiété.

« Sàga flaire la peur. Elle voit plus de choses que les gens ne veulent le croire. Sa petite luciole a peur… […] Que la luciole ne craigne rien. Sàga connait des remèdes contre les cauchemars. Elle ne mentira pas en disant que tout ira bien. Mais elle sait… Sàga connaît bien la peur mais elle n’est pas son ennemie. La peur est un malheureux fantôme. Il ne faut pas avoir peur des fantômes. Ils n’ont que de la pitié pour les vivants. Il faut savoir lui dire merci. Et aurevoir. » Sàga était réapparue à ses côtés, Elyris voyait ses cheveux dorés entre deux voiles noirâtres. Elle ne perçut que quelques bribes ; elle se sentait glacée. Si elle avait pu, si elle avait entendu, elle aurait répondu que ce n'était pas un fantôme qui la hantait, mais bien les vivants. Qu'elle ne faisait plus de cauchemars depuis longtemps, mais que sa vie était un cauchemar ponctuel. Et que la peur, la frayeur, cette panique vorace et tordante, l'accompagnait chaque jour, l'abandonnait chaque soir et la reprenait par la main chaque matin. L'anxiété était toujours à ses côtés. Trop souvent à ses côtés, et elle n'arrivait jamais à s'en débarrasser, à la laisser en arrière.

La vision d'Elyris se brouilla totalement, un instant, et elle tituba. Aussitôt, comme au moindre signe de faiblesse, la panique s'empara victorieuse de son corps, et Elyris tomba à genoux, le souffle court, trop court, parcourure de tremblements. Aucun de ses sens n'était plus en état de marche : elle ne sentait plus la terre sous ses doigts, elle ne voyait plus ses mains sur la terre, elle n'entendait plus les bruits de pas sur la terre, elle ne goûtait pas le sel des larmes qui dévalaient ses joues, elle ne humait plus les fragrances de l'humus. Elle détestait ces moments, où elle était impuissante, dépendante d'autrui. Et elle détestait se montrer ainsi.

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(#) Re: [Elyris - Sàga] Il était une fois... ~ ft. Sàga  [Elyris - Sàga] Il était une fois... ~ ft. Sàga EmptyMar 15 Jan - 16:58

A la clarté dansante des torches allumées près de la ville, Sàga vit Elyris s’écrouler, à genoux dans l’herbe humide. Ses pas s’arrêtèrent près d’elle et elle resta là, sans remuer un muscle, le regard fixé sur l’Askhadi qui peinait à reprendre son souffle ou à contrôler ses larmes. Une fois encore, Sàga ne comprenait pas. Ou plutôt, elle ne comprenait que trop bien…

Elle aussi connaissait la peur. Cette angoissante pieuvre qui déploie ses membres dans votre ventre pour enserrer vos entrailles, votre estomac, votre cœur, votre gorge. Cette impression d’étouffer, alors que l’on respire plus vite qu’on ne le devrait, par anticipation avant même que l’objet de la peur ne survienne encore. Ce monstre aux épines si froides qu’elles brûlaient et écorchaient tout ce qu’elle touchait : les souvenirs agréables, le contact de vos proches, les émotions les plus pures et fragiles. Tout était balayé, malmené, meurtri. Et dans cette valse tourmentée, il ne restait de vous qu’un naufragé qui doit voit son navire, son univers, sombrer et qui doit tout reconstruire le lendemain, en un rituel sans cesse répété.

La chamane s’assit sur ses pieds, à genoux dans la plaine, assez près d’Elyris pour que celle-ci ressente sa présence, sa chaleur corporelle toute proche mais assez loin pour ne pas entrer dans le cercle intime de son espace vital. Ses prunelles évoquaient des opales de feu en reflétant la lumière ténue des étoiles autant que les lueurs plus vivaces de Nisida. Dans ce regard vieux comme le monde dans une enveloppe charnelle si jeune, les flammes du passé virevoltaient dans une danse que seuls les fous pouvaient comprendre.

Sàga se souvenait d’avoir vécu pareille folie. A travers un épais brouillard, comme dans une vie lointaine, elle se remémorait cette peur paralysante qui lui tordait le ventre à chaque seconde jusqu’à occulter toutes les autres sensations. Elle ne ressemblait en rien à l’afflux immédiat et vif de l’adrénaline dans ses veines, ce coup de peur subite à l’approche d’un danger. Ce réflexe-là, elle espérait ne pas le perdre. Car quiconque n’éprouve aucune peur a peu d’instinct de survie et est vraiment stupide, dans un monde comme le leur. Non, il s’agissait ici de cette terreur insidieuse et permanente, de celle qu’une fillette ressentait en parcourant le pont glacé d’un navire étranger, tandis qu’elle évacuait les eaux usées ou racontaient une histoire face aux figures déshumanisées de ses geôliers. Son corps s’en souvenait également, par les cicatrices dissimulées sous les diverses couches de tissu. Sàga détestait cette part de son passé. La petite fille était morte depuis longtemps. Il valait mieux la laisser reposer en paix.

Quelques notes cristallines s’élevèrent dans l’air nocturne. D’abord des sons épars, sans désir de former une mélodie, sans mots. Puis un conte commença à prendre forme. L’histoire d’une néréide éplorée, d’une veuve gourmande et d’un marin un peu idiot. Les personnages dansaient dans les volutes de vapeur. Le chant s’étiola sitôt la résolution trouvée : la veuve consola la nymphe marine, qui lui offrit un collier de perles capable de transformer le sel en or, avant que cette dernière n’offre un baiser au marin qui s’avéra être un bien artisan que pêcheur. La fin un peu grivoise et légère s’acheva en un murmure.

- La luciole a peur de l’ombre et, pourtant, ce qu’elle brille ! Son éclat est plus perceptible dans l’obscurité. La luciole a peur de son ombre, peur de la peur elle-même peut-être… Elle en vint à détester cette amie fidèle, pareille à une vieille mendiante juchée sur son dos à toujours réclamer de l’attention… Mais c’est lui accorder trop d’importance.

Sàga se tut. Elle paraissait plus calme qu’à l’ordinaire. Son expression était semblable à une mer d’huile, bienveillante, tranquille, attentive. Elle écoutait le silence que produisait Elyris.
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(#) Re: [Elyris - Sàga] Il était une fois... ~ ft. Sàga  [Elyris - Sàga] Il était une fois... ~ ft. Sàga EmptyDim 27 Jan - 15:37


Il était une fois…

Elyris & Sàga - Kùm 150


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Elyris se sentait partir, emportée par des vagues de panique, un reflux brusque et violent qui tordait son ventre et comprimait son cœur. Il y avait bien longtemps qu'elle n'avait pas réagi ainsi. Encore moins devant quelqu'un. Elle se sentait ridicule, stupide ; faible. Et pourtant, elle connaissait Sàga. Elle appréciait Sàga. Mais l'imprévisibilité de la chamane la terrifiait, et des sueurs froides coulaient dans son dos, des larmes de panique brûlaient ses yeux. Elyris aimait les choses normées, les discussions rapides et efficaces, qu'on soit direct et explicite. Elle n'aimait pas avoir à décrypter les sens mystérieux des phrases ; enfin, si, elle aimait ça. Mais avec les livres, pas dans une conversation. Elle avait trop peur de mal interpréter, d'agir de façon maladroite ou, pire, incorrecte. Les quiproquos la paralysaient.

Elyris se sentait sombrer, noyée dans un océan d'affolement, égarée sur une mer houleuse. Il n'y avait plus de terre, ni d'horizon, rien qu'une houle affamée, avide de sa peur. Tout était noir, gris, sombre, sans aucune lumière. Si. Une lanterne, quelque part dans l'obscurité, qui fredonnait. Une luciole, qui appelait la luciole, l'invitait à la suivre. Les paroles envoûtantes d'une sirène, qui la tiraient, la prenaient par la main. Elyris pouvait sentir son souffle réconfortant, ses doigts sur sa peau, ses douces paroles à son oreille. Sa voix qui la transportait au-delà de toute terreur, qui charmait les vagues et faisait s'éclaircir le ciel. Elle n'avait pas besoin de comprendre les paroles ; elle avait juste besoin de cette voix, son ancre. Elyris ne se rendit compte qu'elle était calmée que quand la chanson se finit, que la voix se retira en même temps que la mer, et alors plus de roulis de galets, plus de douce écume, plus de reflets solaires miroitants sur l'eau céruléenne. Elyris sentit un regret passager la traverser, tandis que les dernières notes quittaient son oreille, mais restaient imprimées dans sa mémoire. Le remède avait fait effet, et la peste de la panique l'avait quittée pendant un temps.

Elyris rouvrit ses yeux marrons, qui brillaient d'une flamme nouvelle. Sous le double feu des camps et de son âme, ils semblaient d'ambre et d'or veinés de bronze. La jeune femme releva la tête, et la tourna vers Sàga, qui était restée à ses côtés, sans la toucher, mais suffisamment proche pour montrer son empathie envers elle. Elyris se sentait apaisée. Sàga était magique, elle en était convaincue. « La luciole a peur de l’ombre et, pourtant, ce qu’elle brille ! Son éclat est plus perceptible dans l’obscurité. La luciole a peur de son ombre, peur de la peur elle-même peut-être… Elle en vint à détester cette amie fidèle, pareille à une vieille mendiante juchée sur son dos à toujours réclamer de l’attention… Mais c’est lui accorder trop d’importance. » Elyris décroisa les bras, et s'assit sur ses talons. D'une main distraite, elle essuya les quelques larmes qui avaient coulé sur ses joues, ses grands yeux fascinés rivés sur la chamane. « Ça fait des années qu'elle me suit. Mais tu l'as chassée. » Un sourire timide, enfantin, éclaira ses traits. « Ça fait du bien. Je ne me suis pas sentie aussi... bien, depuis longtemps. » Subitement, Elyris se releva d'un bond, et tendit la main à Sàga, un grand sourire aux lèvres. Elle n'était même pas surprise de son changement d'attitude ; elle était trop heureuse de sentir le poids d'une anxiété constante s'envoler, pour ne pas avoir envie d'en profiter à fond. « Viens. J'ai toujours une bibliothèque à te montrer. »

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(#) Re: [Elyris - Sàga] Il était une fois... ~ ft. Sàga  [Elyris - Sàga] Il était une fois... ~ ft. Sàga EmptyMar 19 Fév - 16:26

Les lèvres rosées de Sàga s’étirèrent lentement en un sourire. Immense, généreux, joyeux sourire. Enfin ! Elle la retrouvait enfin, ce petit feu-follet qui virevoltait autour de de Ryujin et elle des années auparavant. Enfin, la lumière revenait prendre place dans les yeux, le sourire et toute la physionomie d’Elyris. La luciole se reconnectait avec elle-même.

- Evidemment, affirma la chamane comme si tout cela était forcément évident et ne se discutait pas. Il ne faut pas tourner le dos à la peur trop longtemps… Il ne faut pas l’oublier mais l’affronter ! Lui dire : je n’ai pas peur !

Sàga levait un index sentencieux vers le ciel avec le plus grand sérieux pour ponctuer ses paroles. Puis, tout aussi soudainement, elle retrouva sa posture initiale, son rictus espiègle et remit son tricorne d’aplomb sur son crâne. Particulièrement fière de sa démonstration de conteuse onirique, elle adressa un regard pétillant de malice à sa jeune comparse. La magie, ce n’était jamais que ce les gens voulaient bien croire que c’était. Il s’agissait souvent de quelque chose d’incompréhensible, de beau ou de terrible. Au fond, c’était une affaire de foi.

Sàga se saisit spontanément de la main d’Elyris. Elle ne touchait pas ici une humaine. Il ne s’agissait pas d’un contact entre deux êtres de chairs et de mensonges. La luciole de Nisida invitait la fille du Kraken à une balade entre les mondes. Ni plus ni moins.

Était-ce le bon moment, alors que la Pankara emboîtait le pas en sautillant à Elyris, d’avouer qu’elle ne connaissait pas grand-chose aux livres ? Sàga était une partisane de la culture orale. La plupart des histoires dans son clan se transmettaient entre conteurs, entre pêcheurs, entre chamans. Elle savait lire – son mentor y avait veillé – mais avec hésitation, en suivant les lignes avec son doigt, telle une enfant qui trébucherait encore sur les mots, avec toute l’application sincère d’une adulte qui sent les pouvoirs contenus dans ces objets du passé.

Sàga poursuivit son babillage sans queue ni tête sur le trajet. Elle laissait ses mains courir parmi les heures herbes ou sur la pierre des édifices. Son regard, tel un papillon fou, volait d’un point à un autre sans s’arrêter. Non consciente de la gêne qu’elle pouvait susciter, elle n’hésitait pas à coller son nez contre une fenêtre voilée d’obscurité, à sourire aux badauds, ou à s’étonner face à l’accoutrement des gens des lieux. Nisida ne lui avait parue si nouvelle ni si étrange que depuis son retour. Elle n’en oubliait pas pour autant son objectif. L’impatience courait dans ses veines. Il lui tardait de découvrir cette bibliothèque tant vantée. Elle savait qu’Askhadi aimait beaucoup rassembler le savoir et prônait une éducation pour tous. Les livres étaient sacrés dans ces plaines.


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Elyris
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(#) Re: [Elyris - Sàga] Il était une fois... ~ ft. Sàga  [Elyris - Sàga] Il était une fois... ~ ft. Sàga EmptyMar 19 Fév - 21:11


Il était une fois…

Elyris & Sàga - Deàrrsadh 150


Fairy tales never end

« Evidemment […] Il ne faut pas tourner le dos à la peur trop longtemps… Il ne faut pas l’oublier mais l’affronter ! Lui dire : je n’ai pas peur ! » Elyris, debout, le regard baissé vers Sàga, était trop prise dans sa joie d'être délivrée de ce poids sur sa poitrine, qu'elle écoutait à peine la chamane. Il n'y avait plus qu'à espérer qu'elle se remémorerait ses sages paroles lorsque la peur reviendrait. Parce qu'à n'en pas douter, elle reviendrait. Mais, en attendant, Elyris se sentait légère, presque comme si elle était alcoolisée. Elle flottait sur un nuage doucereux, au goût sucré et pétillant. Et, pour la première fois depuis un certain temps, elle avait droit à un contact humain. Même son père n'avait que rarement pu la toucher sans qu'elle ne tressaille. En revanche, dès que Sàga posa sa main dans la sienne, il n'y eut... rien. Pas de panique terrifiée qui revenait au grand galop et martelait chaque miette de bonheur que Sàga lui procurait. Elle se sentait tout simplement bien, comme si elle était à sa place ; c'était cliché, mais vrai. Elyris n'avait pas beaucoup d'expérience dans ce sentiment, alors elle ne savait pas comment le décrire. Tout ce qu'elle savait, c'est qu'elle avait l'impression de rentrer enfin dans un monde auquel elle n'avait eu que brièvement accès. Comme si elle était entrée dans un autre monde, dont elle avait oublié la clé dans un coin de sa mémoire. Un monde enchanté, qui remplissait son cœur d'une félicité nouvelle.

Dans son sillage, Elyris entraîna Sàga à travers les rues de Nisida. Pour la première fois depuis un certain temps, elle redécouvrit sa ville, avec des yeux émerveillés. Sans que la Pankara ne le sache, elle se prit même à leur faire faire des détours, à flâner dans quelques rues. Le spectacle de la chamane qui collait son nez au fenêtre, la fascinait, et Elyris riait aux éclats de voir les visages offusqués s'y cogner dans la précipitation. Le babil de la chamane séduisait ses oreilles, et repoussait toujours plus loin la panique, jusque dans les tréfonds d'une âme d'enfant qui a grandi trop tôt. Elyris se redécouvrait dans la joie de l'imprévu, dans une joie enfantine de voir un autre monde... le véritable monde ?

Enfin, elle arriva à la bibliothèque, un beau bâtiment tout allongé, aux fenêtres encore éclairées. Même la nuit, les livres étaient accessibles et sous surveillance. Elyris poussa la porte, et laissa rentrer Sàga. Elle avait craint, brièvement, que le pépiement de la Pankara ne la force à la reprendre, mais cette dernière s'était vite tue devant les étagères bondées de livres. Elyris salua le surveillant du soir, et reprit la main de Sàga pour la conduire entre les étagères. Sans un mot, elle se repéra entre les colonnes, et, laissant à peine le temps à la chamane de les toucher ou ne serait-ce que les apercevoir, elle les emmena jusqu'à la section de son enfance. Les contes et contes de fée. Elyris s'arrêta devant et se retourna vers Sàga. Elles se trouvaient dans un recoin de la bibliothèque, où les étagères cohabitaient avec des tables et rendaient l'espace exigu. Elyris, un grand sourire aux lèvres et les yeux étincelants, plongea dans les tourbillons océaniques de la Pankara : « Voilà. C'est l'espace des contes. Il y en a qui t'intéresse en particulier ? Oh attends je sais ! » La jeune femme volta vers une étagère, s'y cogna le nez et ronchonna avant de chercher le bouquin qu'elle cherchait. Dès qu'elle le trouva, elle le sortit et le mit dans les bras de Sàga. « Un recueil de contes. Ma mère me les racontait le soir avant de dormir. » En un instant, son sourire se figea, puis disparut, et Elyris vacilla. Elle avait oublié qu'avec l'enfance bienheureuse revenait aussi la déchéance suprême ; de plein fouet, la mort de sa mère la heurta de nouveau, coup de poignard en plein cœur. Elyris hoqueta, revit le linceul qui entourait le cadavre de celle qui lui avait donné vie. Et ses cauchemars, les visions horrifiantes tirés des contes que lui racontaient sa mère : une nuit, sa mère prenait les traits d'une sorcière rachitique et livide ; une autre, c'était un cadavre accroché au mur, sur un sol sanglant mais incroyablement préservée ; ou encore, c'était une femme au visage sévère, aux traits acérés et rageurs figés dans un marbre pâle. Elyris s'agrippa au bras de Sàga, secouée par l'horreur de ces apparitions qui envahissaient son esprit et noyaient ses yeux dans une profondeur de folie dangereuse. Elle n'osa pas le demander, elle n'avait pas le courage de laisser ces mots qui lui brûlaient les lèvres les franchir, mais elle avait besoin de Sàga, et surtout de son contact salvateur. Petite luciole avait besoin de son ancre.

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[Elyris - Sàga] Il était une fois... ~ ft. Sàga
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