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 Au bord de la vie et des bois - Arduinna

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Denna
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(#) Au bord de la vie et des bois - Arduinna  Lun 29 Mai - 23:29

Elle hurle à la mort. Ses dents se referment avec force sur le gant qu'elle a glissé entre ses mâchoires pour étouffer ce son, pour éviter de se meurtrir. Tremblante devant la souffrance, elle jette la hampe qu'elle vient de briser dans les fourrés. Ils la retrouveront, elle le sait. Mais pas le choix. Elle ne peut pas perdre de temps à la dissimuler. Ses forces déclinent un peu plus à chaque instant. Son sang continue de ruisseler à travers les bandages de fortune. Et il y a cette pointe de flèche fichée dans son dos, qu'elle sent remuer dans sa chair chaque fois qu'elle bouge un peu trop. Cette douleur atroce qui la mène au bord de l'évanouissement. Seule sa résistance bornée l'empêche de sombrer. Doucement, avec des gestes lents, elle renfile son gant, remonte en selle. Des éclats de voix, qui se rapprochent. Merde. Ils n'abandonneront pas. Enfoirés de clébards, canins comme humains. Mais le ferait-elle, à leur place ? Elle talonne son cheval, pliée en deux pour éviter les traits qui pourraient pleuvoir, des râles de souffrance lui échappant à chaque cahot de sa monture. Ils se rapprochent, elle le sait, elle le sent. Ils vont la rattraper. Seule une manœuvre désespérée peut la sauver, lui éviter de tomber entre leurs mains. Elle ne se fait aucune illusion sur le sort qu'ils lui réservent ...

Alors qu'elle approche d'un pont qui franchit un torrent, encore dissimulée aux yeux de ses poursuivants par la végétation foisonnante du sous-bois, elle passe à l'action. Tombant de selle plus qu'elle n'en descend, elle assène une solide claque sur le cul du canasson pour le pousser à détaler, avant de se jeter à l'eau. Littéralement. En quelques battements de cœur, le courant s'empare d'elle, violent et impétueux, comme d'un vulgaire fétu de paille. Incapable de résister, elle est consciente qu'elle vient peut-être de signer son arrêt de mort sur un pari aussi hasardeux que risqué. Tout plutôt que d'attendre la fin passivement, comme une victime, du bétail. Pas elle. Elle se bat, et elle gagne. C'est sa dernière pensée avant que sa tête ne heurte une massive paroi rocheuse, la propulsant dans l'inconscience.

Elle revient enfin à elle, plus morte que vivante, sur un banc de galets, dans un bras mort. Aux blessures du combat, se sont ajoutées des contusions, des écorchures et des éraflures, tribut payé au féroce cours d'eau. Une côte fêlée, peut-être deux. Sa tête pisse rouge, salement amochée. Des vertiges qui la saisissent, manquent de la renvoyer au sol. Elle a perdu son sac, son équipement. Seule son épée, farouchement agrippée même dans les ténèbres, lui a été préservée. Son corps chancelle, prêt à lui faire défaut. Et pourtant, elle s'obstine, se sert de son épée pour briser une branche, bâton de fortune pour soutenir ses forces déclinantes. L'arme accrochée dans son dos, elle repart.

Avancer. Lentement. Un pas après l'autre. Gauche, droite. La forêt, toujours. Laquelle ? Askhadi ? Orketa ? Peu d'importance. Elle est l'étrangère. Ennemie de l'Alliance. Aucune merci à attendre. Gauche, droite. Semés, les molosses ? Oui. Non. Peut-être. S'ils la trouvent, elle se battra. Mourra. C'est sa vie. Gauche, droite, encore. Combien de pas depuis le torrent ? Impossible à dire. Dix, cent, mille ? Elle ne sait plus. Combien de temps ? Non plus. Où va-t-elle ? Devant. Plus loin. Gauche, dr...

Ses jambes viennent de la trahir, enfin. Elle le réalise alors qu'elle se retrouve tête dans l'humus. Ses yeux se ferment, un bref instant. Elle se redresse sur un genou, ramasse le bâton, se relève péniblement. Et elle reprend la marche. Un effort futile ? Sûrement, mais cela n'a pas d'importance. Elle ne se bat pas contre la fatalité par colère ou par rage, par amour pour son clan ou pour sa famille, par sens du devoir ou de l'honneur, par haine ou par passion. Même l'image de cette sœur qui lui est si précieuse ne lui est d'aucun secours dans cette épreuve, n'apparaît pas un seul instant. Elle se bat parce qu'elle ne connaît que ça. Se battre, et survivre.

Elle trébuche sur une racine, retrouve le contact de la boue. Ce n'est qu'alors qu'elle lutte pour se relever qu'elle réalise ce qu'elle a juste sous le nez. Une hutte. Elle pourrait dégainer son arme et faire irruption à l'intérieur. Elle le devrait, elle le ferait, elle porterait la main à son fourreau sans hésiter. Elle l'aurait déjà fait, si elle ne se trouvait pas dans l'impossibilité de se relever. Elle a beau batailler, hurler à l'intérieur contre ce corps qui lui fait défaut ... ses forces se dérobent. Tout juste peut-elle relever la tête pour fixer ce salut si proche, et pourtant si lointain.

- Par tous les enfoirés de dieux et leurs catins ...

A peine audible, plus un croassement qu'une véritable invective. Plutôt pitoyable, pour ce qui sera peut-être ses dernières paroles ...
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Arduinna
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(#) Re: Au bord de la vie et des bois - Arduinna  Mar 30 Mai - 19:19



Au bord de la vie et des bois


avec Denna



L’air du soir sentait la mort, et dans ce coin oublié du monde, elle n’y avait pas sa place.

L’odeur fut vite recouverte par la cuisine d’Arduinna. Loin d’être excellente, elle n’était cependant franchement pas mauvaise. L’omelette trémulait dans la poêle tandis que le pain était convenablement découpé, en parts tout à fait égales.
Le feu pétillait sur l’âtre. Près de lui se trouvait Rokam, un grand trappeur Orketa à la barbe fournie, aux sourcils épais et au crâne luisant. Il avait terminé sa chasse, mais il avait décidé de ne rapporter son butin à la Citadelle qu’après une bonne nuit de sommeil, et sur son trajet se trouvait la hutte d’Arduinna qu’il connaissait bien pour s’y être reposé plusieurs fois.

« Le feu faiblit, petite ! » déclara-t-il de sa grosse voix caverneuse.

Arduinna se contenta de lui répondre par un sourire. Elle abandonna temporairement le découpage de son pain pour aller chercher une nouvelle bûche à l’extérieur, celles entreposées à l’intérieur avaient déjà été consommées. Dehors, l’odeur de mort revenait. La jeune femme leva les yeux en l’air pour assister à un départ de volucres bruyants. Puis, son regard se porta vers l’horizon devant elle où elle remarqua du mouvement. Si elle pensa d’abord à un animal,  la silhouette d’une femme se fit de plus en plus distincte au fur et à mesure qu’elle s’en approchait. Il n’était pas nécessaire d’être médecin pour pouvoir établir le bilan suivant : elle était très mal en point. Arduinna, surprise, ouvrit grand les yeux et hurla le nom de Rokam. Elle lâcha la bûche qu’elle tenait entre ses mains frêles et se mit à courir à toute allure dans la direction de l’inconnue.

Elle s’agenouilla auprès d’elle et n’osa pas la toucher. Le sang se mêlait à la boue, son souffle était saccadée, mais elle vivait. Arduinna repéra plus de blessures qu’elle ne pouvait en compter. Rokam, arrivant au niveau des deux femmes, jeta lui aussi un coup d’œil rapide à l’inconnue blessée, mais par la suite, il la chargea sans difficulté sur son épaule droite. Arduinna se précipita de nouveau dans sa hutte, suivie de près par le grand gaillard. À l’intérieur, il déposa soigneusement la blonde sur un lit et Rokam interrogea Arduinna du regard. Ce n’était pas une guérisseuse, mais au cours de leurs nombreux voyages, sa mère lui avait appris comment survivre dans ces forêts.

À toute allure, elle retira d’un soliflore une curieuse plante mutante. Sa tige noire s’accordait parfaitement avec ses pétales violines. Arduinna brésilla la fleur dans un récipient en bois dans lequel elle versa de l’eau et y rajouta les morceaux écrasés d’un fruit piriforme.  Le tout formait une pâte épaisse d’une couleur sombre. Pendant ce temps –là, Rokam avait défait les bandages improvisés et se préparait à appliquer des calicots plus appropriés. Partout où le sang coulait, Arduinna déposait sa pâte du mieux qu’elle pouvait. L’effet était immédiat certes, mais il était aussi douloureux. C’est à ce moment que Rokam remarqua la pointe de flèche dans le dos et qu’il la montra aussitôt à Arduinna. En langue Orketa, il déclara qu’il savait comment la retirer, mais que cela allait être particulièrement  douloureux. Arduinna acquiesça et prépara une double dose de pâte. Son regard croisa par hasard celui de la blonde, et comme elle hésitait entre des paroles rassurantes et des paroles sincères, elle ne dit rien du tout. Presque par surprise, Rokam arracha le corps étranger et le cri de douleur que fit la blonde sembla se propager jusqu’aux côtes Pankara.



Les draps avaient été changés, les pansements aussi. Ses vêtements  –pas les siens– étaient blancs et propres. Le sang s’était enfin d’arrêter de couler. Sur un petit meuble se trouvait un minuscule objet en bois lequel abriait plusieurs bâtons d’encens.
Rokam avait regagné sa place auprès du feu, et Arduinna se tenait à côté de la blonde. Elle lui adressa un sourire affectueux sans la regarder directement dans les yeux. À la place, elle observait les nombreux bandages qui semblaient presque faire d’elle une momie à certains endroits.
Ce soir, cette femme avait manqué son rendez-vous avec la mort, mais était-ce une bonne chose ? Arduinna n’était pas dupe, ces blessures avaient été causées par des armes. Venait-elle de sauver une victime ou un coupable ?  
La blonde essaya de se lever,  mais la douleur l’arrêta bien vite. Elle put cependant apercevoir que ses vêtements avaient été lavés et séchaient maintenant pendu à un fil près du feu.

« Ne vous inquiétez pas, je l’ai fait sortir quand j’ai dû changer vos habits», dit-elle en montrant Rokam près du feu. Les yeux plongés en direction des braises, il fit un sourire gêné et poursuivit sa besogne.

Ce fut les premiers mots qu’Arduinna adressa à l’inconnue. Puis elle redevint silencieuse un court instant, le temps de deviner les questions que lui poserait la blonde.

« Vous êtes en sécurité ici… C’est un lieu de paix pour tous, moi je suis Arduinna, une Askhadi. Lui, c’est Rokam, un Orketa. Hier, il y avait deux Pankara pour manger avec moi. Alors je ne sais pas qui vous veut du mal, mais ici, personne n’a d’ennemis. »

C’était vrai, sa hutte prenait parfois l’apparence d’une Citadelle en miniature. Beaucoup s’étaient accordés pour faire de cet endroit un succédané d’un lieu saint et de paix. Les autres, les réticents, s’étaient fait botter le derrière par des clients fidèles comme Rokam.

« Votre prénom ? » fit Arduinna en joignant les mains.

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Denna
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(#) Re: Au bord de la vie et des bois - Arduinna  Mar 6 Juin - 21:49

On la soulève, elle le sent. Elle voudrait protester, se débattre. En vain. Aucun son ne franchit ses lèvres. Aucun bras ne se lève. L'inconscience est là, qui se profile, rode aux abords de sa conscience. Elle parvient tout juste à la chasser, se sent sombrer, petit à petit. On la porte. On la manipule. On parle, des intonations étrangères, des mots dont le sens lui échappe. Des formes, floues, qui s'agitent. Un regard, des iris bleus, presque apaisants. Et puis la douleur qui jaillit, franchit le voile grisâtre du néant, transperce sa conscience. Malgré la fatigue, l'apathie, elle hurle à pleins poumons. L'effort est trop grand. Elle rend enfin les armes. Elle sombre dans un sommeil sans rêves ni cauchemars. Comme toujours.

C'est l'odeur qui la réveille, celle du feu et de l'encens, qui vient flatter ses narines et la ramène chez les vivants. Ses réflexes prennent le dessus, en dépit de toute prudence, de toute réflexion. Elle se redresse vivement, cherche à saisir son arme ... et s'interrompt immédiatement face à la souffrance qui l'assaille de toutes parts. Elle retombe sur sa couche, grimaçante, maîtrisant de justesse une bordée d'injures et de râles. Alors seulement elle réalise qu'elle n'est pas seule. Forcée par l'immobilité à parcourir les alentours, elle remarque cette présence discrète, la femme frêle dont elle reconnaît le regard si azuréen. Difficile d'imaginer celle-là dans la peau d'une geôlière ... En revanche, l'ursidé que l'inconnue s'empresse de lui désigner, lui, il a déjà plus la tête de l'emploi. Et pourtant, elle s'esclaffe. Malgré l'incertitude de sa situation, les anicroches et les problèmes qui ne manqueront pas de surgir. Elle rit de sa propre chance, d'avoir réussi à échapper une fois de plus à la faucheuse. Elle rit de sa propre stupidité héroïque, qui lui a permis de semer ses poursuivants. Mais plus que tout, elle rit, gentiment, de la simple idée qu'avec ses blessures, après être passée aussi proche de la mort, on puisse penser qu'elle s’inquiéterait de sa vertu, de son honneur de damoiselle, de la pudeur. Elle devrait, peut-être, qui sait ?

Une Askhadi. Chiure de sanglier. C'est bien sa veine. Oh, elle a entendu son laïus, mais peut-elle vraiment s'y fier ? Et même si la donzelle est sincère, que dire de l'Orketa derrière ? Ou du voisinage, des voyageurs de passage, de si la meute à ses trousses se pointe ? Denna remue, plus doucement, fait jouer ses muscles pour estimer son état. Le frémissement de douleur qui l'accable est plus clair qu'un long discours. Tenter de s'échapper, de repartir, serait d'une folie démente, même à l'aune de sa témérité coutumière. Pour le meilleur et pour le pire, elle doit rester. Au moins les draps sont-ils propres, la couche confortable, bien supérieure à celle qui constitue son ordinaire.

Sans hésiter, elle répond à la question de son hôte. Sans chercher à le dissimuler. Par bravade ou par honnêteté ? Elle-même serait bien  en peine de trancher ... La gorge sèche, elle articule péniblement les syllabes.

- Denna...

Un jappement plutôt qu'un croassement, un bon début. D'ici quelques heures, peut-être parviendra-t-elle à articuler quelque chose d'humain ! Furieuse, elle s'éclaircit la gorge, inspire profondément et retente.

- Denna. Je m'appelle Denna.

Soif. Elle réalise seulement à quel point celle-ci la harcèle depuis son réveil. Elle essaie de lever le bras, y renonce devant l'effort intense qu'il lui demande. Ses blessures doivent être plus graves qu'elle ne le pensait.

- L'eau. Soif. Je peux ? S'vous-plaît ?

Elle avale presque les derniers mots. La soif n'est pas la seule en cause. Elle déteste ça, profondément. Être à la merci de quelqu'un. Faible. Vulnérable. Devoir supplier, se faire servir comme un bambin à peine sorti de sa mère ou un vieillard grabataire. Elle enrage, forcée d'être patiente et calme, à l'encontre de sa nature profonde. Mais la colère la déserte vite. Trop de fatigue, pas assez d'énergie pour l'entretenir. Et quand enfin l'humidité arrose son gosier, la saveur en est presque divine. Un profond soupir de contentement lui échappe. Elle fixe intensément sa bienfaitrice, d'un regard chaleureux, presque amical, un petit miracle en soi.

- Merci. Pour tout ça. Je t'en ... vous en dois une. Combien de temps ?

Et voilà le deuxième. Un remerciement, une dette reconnue. Encore plus rare que le premier. Ce n'est pas dans ses habitudes. Mais même elle conserve un zeste d'honneur et de conscience ...
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Arduinna
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(#) Re: Au bord de la vie et des bois - Arduinna  Jeu 8 Juin - 18:27



Au bord de la vie et des bois


avec Denna



Elle se réveille. Arduinna avait pourtant essayé de lui faire comprendre qu’il ne fallait pas bouger, elle avait levé les mains mais c’était déjà trop tard, d’ailleurs, la victime ne l’avait même pas vue. Leurs regards se croisent de nouveau : ceux-là sont moins paniqués. Et puis la blonde rit, Arduinna ne comprends pas ce qu’il y a de drôle là-dedans : c’est elle qui la fait rigoler ? L’Askhadi se demande, comme cela était déjà arrivé une fois, si elle n’avait pas une mouche collée sur son nez. Dans le doute, elle se frotte le museau et ne cherche pas à comprendre d’avantage la situation.

Ainsi elle s’appelait Denna. Arduinna aimait bien comment cela sonnait. Elle n’avait jamais rencontré de Denna et était très contente d’en connaître une désormais. Lorsqu’elle dit son prénom, elle semblait être en colère contre elle-même, un peu comme quand Rokam rate une cible et qu’il s’écrit « ah, que je suis mauvais chasseur ». Peut-être qu’aujourd’hui Denna avait été une mauvaise Denna. L’Askhadi l’observe, ou plutôt la contemple, elle admire sa force et ses cheveux. Dans cet ordre-là.
Un feu intérieur la consume : elle ne doit pas aimer être allongée. Comme elle n’avait rien d’une paysanne, Arduinna supposa qu’il s’agissait d’une combattante. À cet instant, elle se combattait elle-même, et elle perdait car pour le mental, une guerrière valétudinaire correspondait à une moitié de défaite.

Elle réclame de l’eau et Arduinna, toute penaude, se demande pourquoi elle ne lui en a pas donné avant. Elle s’agite, lève les yeux au ciel, tourne la tête vers Rokam avant de se rappeler qu’elle avait justement préparé un récipient d’eau fraîche à cette occasion. Elle se saisit derrière elle d’un bol en terre cuite, lequel contenant le précieux liquide qu’elle se dépêche de faire parvenir à la blessée.

« L’eau est fraîche et pure. Elle vient de ma rivière ! » fit-elle tendrement en regardant Denna boire.

Denna respire mieux, mais elle n’est toujours pas en paix avec elle-même et elle n’a pas recommencé  rigoler non plus. Peut-être que la mouche s’est envolée. Dans tous les cas, elle réagit assez mal au regard insistant de Denna, elle aurait préféré qu’il restât bref comme celui de tout à l’heure. Discrètement, elle baissa les yeux, et sourit quand Denna lui demanda combien de temps la bataille interne allait durait, combien de temps elle serait encore immobile.

« Pas longtemps, Denna ! Votre âme brûlante cicatrise les plaies de l’intérieur !
- Hm, une personne assez têtue peut survivre à n’importe quoi et guérir plus rapidement », traduisit Rokam en ayant toujours la tête en direction du feu.  

Arduinna adressa un sourire bref au trappeur, puis elle se retourna de nouveau vers Denna. Avec un tissu doux, elle lui essuya le front délicatement, en prenant soin de ne pas toucher le bandage qui faisait le tour de sa tête. Elle comprenait un peu ce que voulait dire Rokam : une personne plus fragile mentalement ne se serait pas autant accrochée à la vie. Denna devait avoir un mental d’acier.

« D’où venez-vous Denna ? De quel clan ?»

Elle murmurait presque. Arduinna était curieuse, des représentants de chaque clan avaient déjà mis au moins une fois les pieds dans sa hutte. Que pouvait être Denna ?

« Et qui vous veut du mal ? »

À ces mots, Rokam abandonna son feu. Il s’empara d’une paire de hachettes et d’un arc long près de l’entrée, revêtit une ample bure et ouvrit brutalement la porte d’entrée.

« Je veux vérifier que le coin est sûr. Il désigna Denna d’un geste vif de sa grosse main calleuse. Si ses poursuivants sont encore dans les parages, je vais leur expliquer qu’ils n’ont rien à faire là.

Arduinna acquiesça et accompagna du regard la sortie de son ami et protecteur à temps partiel. Celui-ci claqua la porte après avoir salué l’aubergiste. Arduinna se tourna une nouvelle fois vers Denna à qui elle adressa une expression complice. Silencieusement, elle quitta le chevet de la blonde pour continuer le travail de Rokam. La jeune femme plaça une petite marmite au-dessus du feu : il y aura de la soupe pour ce soir.


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Denna
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(#) Re: Au bord de la vie et des bois - Arduinna  Mar 13 Juin - 17:02

Étrangère. Voilà bien des années qu'elle n'a pas ressenti cette désagréable sensation, pas avec autant de poids, avec une telle intensité. Et derrière ce sentiment, il serait vain de chercher une quelconque raison clanique, géographique ou linguistique. C'est la frontière qui sépare le porteur d'armes du désarmé, la guerrière de la civile, ceux dont l'existence se vit en fauchant celle des autres et ceux qui n'en ont jamais fait l'expérience. C'est cette hutte paisible et presque hors du temps, cette Askhadi aussi généreuse que timide, ce feu qui ronronne dans l'âtre, ces gestes d'une douceur délicate. C'est ce cocon aussi confortable que vulnérable, ces possessions accumulées d'une sédentaire. Ce n'est pas une couche inconfortable sans autre abri que le feuillage, un repas froid expédié sur le pouce, un bagage limité au contenu d'un sac et des fontes d'un cheval, hors armes et armure. Ici, ce n'est pas sa vie, et ça ne le sera jamais, elle l'a décidé des années plus tôt. Sans regrets. Les gens comme elle ne peuvent rien construire.

Monstres.

Elle rit de bon coeur devant la remarque de l'Orketa. "Une personne assez têtue", c'est tout elle, ça. Bel euphémisme, en vérité. Elle acquiesce vivement.

- Trop cabocharde pour crever. C'est ce qu'il disait, ouaip.

Son instructeur. Quelle raclure de bidet, celui-là, vieux butor aussi borné qu'insultant. Mais sur ce point-là elle ne peut que lui donner raison, les années l'ont amplement démontré. Combien de camarades ou d'ennemis plus talentueux, plus doués, plus malins ou plus expérimentés sont tombés alors qu'elle survivait à l'impensable ? Combien de pièges ou d'embûches, de situations périlleuses survécues à la force de l'obstination ? Pas assez, il faut croire, puisqu'elle persiste dans cette voie.

Les questions d'Arduinna s'enchaînent, et la voilà placée face à un dilemme épineux. Les règles de l'hospitalité, presque sacrées en ce bas monde, sauf peut-être pour les pires truands de la Création, et celles de l'honneur, de la dette de sang, lui enjoignent de répondre. Mais la prudence lui intime l'inverse. Pas pour elle, mais pour cette créature qu'elle devine fragile, inoffensive, à l'égard de tant de ceux qu'elle a vu tomber, de cette sœur qu'elle a quittée pour mieux la protéger.

- Sengoli.

L'ennemi. Rien que cette réponse pourrait la condamner, mais son accent prononcé, ses intonations suffiraient à quiconque ayant rencontré son clan pour l'apprendre. Rien de bien confidentiel. En revanche, la deuxième question, elle s'abstient de la moindre répartie. Le mensonge n'est pas une solution, c'est un art dans lequel elle excelle autant qu'un loup s'essayant au bêlement. C'est avec soulagement qu'elle constate la sortie du chasseur. Ce qu'elle s'apprête à délivrer n'est à destination que des oreilles d'Arduinna. Celle-ci s'apprête à la préparation de la pitance du soir, dont la simple idée suffit à faire naître des grognements sourds, audibles et ô combien embarrassants de l'estomac de Denna. Sans s'arrêter à cela, elle toussote pour s'éclaircir la gorge, se redresse sur un coude avec précaution et se jette à l'eau.

- Arduinna. Ne me demandez plus ça. Jamais.

Elle s'arrête, puis réalise la sécheresse de sa réponse. Embarrassée, elle ballotte de la tête, grimace de gêne, puis reprend.

- Vous m'avez sauvée, et ça, je vous remercie. Vraiment. Mais ... on me poursuit, oui. Et ils ne me lâcheront pas la grappe. Alors s'ils me retrouvent, restez en dehors. Ne me planquez pas, ne me protégez pas, n'essayez même pas.

Ses yeux se teintent d'une lueur autoritaire, glaciale, sa voix s'accorde à ce changement. Pendant l'espace de quelques secondes, elle redevient la molosse qu'elle a toujours été, la commandante d'une bande de spadassins, de meurtriers et de soudards. Et puis elle lâche un soupir, la tension se dissipe et elle se laisse tomber doucement sur le lit, à nouveau vulnérable, blessée, désarmée et vidée de ses forces. Elle conclut d'un ton plus calme, désabusé.

- Qui me veut du mal ? Beaucoup de gens, Arduinna. Je n'appartiens pas à votre monde, vous n'êtes pas du mien. Votre geste était généreux, mais ... moi, je ne ne suis pas quelqu'un de votre trempe. Je ne suis pas quelqu'un de bien. Je ne le serais jamais, et je ne souhaite pas l'être.

Un long discours, pour une personne aussi taciturne et renfermée qu'elle. Mais cette explication, elle la lui devait. Une vie pour une vie, et on ne risque pas le sang et le souffle de quelqu'un qui a sauvé le vôtre.
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Arduinna
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(#) Re: Au bord de la vie et des bois - Arduinna  Ven 16 Juin - 20:54



Au bord de la vie et des bois


avec Denna



La soupe, même si elle avait plutôt bon goût, sentait bizarre. C’était un détail qui l’agaçait, d’autant plus qu’elle savait pertinemment que le fautif, c’était Rokam. Il était bon pour tout un tas de chose, mais pas pour la soupe. Ah, elle aurait dû le surveiller ! Il était de toute façon trop tard pour lui faire des reproches, il était parti comme un lièvre dans les bois, à la recherche de fauteurs de troubles et Arduinna espérait de tout son cœur que l’homme revint intact.
Denna était donc une Sengoli. Elle s’en doutait un peu.

« Sengoli » répéta-t-elle à voix basse juste après Denna.

Ils se faisaient plutôt rare dans le coin et très peu étaient parvenus jusqu’à sa hutte. Parce qu’elle était en dehors de ce monde, Arduinna n’avait que faire des querelles présentes ou passées des clans : c’était plus fort qu’elle, elle ne voyait que des humains. Parmi les Sengoli, elle se souvint d’un marchand tremblant un peu cacochyme, il n’était restait qu’une nuit avant de repartir sans avoir échangé quoi que ce soit avec Arduinna ; elle avait un peu été déçue ce jour-là. Les autres étaient encore moins intéressants que ce vieillard. Denna devenait d’ailleurs instantanément la Sengoli la plus fascinante et la plus étrange qu’elle eut la possibilité d’héberger. Et elle devint encore plus mystérieuse lorsqu’elle exigea d’Arduinna de ne plus jamais lui demander qui étaient ses ennemis. Immédiatement, l’Askhadi prit peur. L’explication que lui donna Denna ne la convainquit pas.

La Sengoli lui donna un semblant d’étapes à suivre « au cas où » ses mystérieux poursuivants atterriraient ici. Arduinna, avec une expression qui rappelle les secondes qui précèdent la tristesse et les pleurs, se contenta d’acquiescer silencieusement. Elle était à la fois en colère, inquiète et consternée. S’agissait-il donc bien d’une coupable comme elle l’avait imaginé plus tôt ? Même si cela était déjà arrivé, l’idée d’héberger quelqu’un de potentiellement mauvais lui retournait l’estomac. N’importe, elle essaya d’oublier tout ça. Elle avait toujours le visage triste cependant lorsqu’elle replongea la tête dans la marmite rubigineuse.

Comme si elle avait un besoin de se justifier d’avantage, Denna présenta un discours dichotomique sur le bien et le mal. Oh, il devait être plus facile de voir le monde en noir et blanc comme Denna plutôt qu’en nuances de gris comme le voyait parfois Arduinna. Ainsi, la Sengoli se présentait comme quelqu’un qui n’était pas « bien ». l’Askhadi apprécia l’honnêteté de Denna : beaucoup de ceux qui étaient venus se ressourcer, reposer ou échanger ici masquaient leurs véritables personnalités et intentions. Elle avait hébergé, malheureusement, des gens qui se présentaient comme honnêtes qui disparaissaient dans la nuit avec un ou deux objets de sa collection. Elle avait hébergé des guerriers, mais elle comprenait qu’ils tuaient parce que c’était leurs métiers. Arduinna parvenait à faire la distinction entre ces deux types de personnes. Mais qu’était vraiment Denna ?

Quand Arduinna lui apporta un bol, son sourire qui pourtant était capable d’illuminer tout l’intérieur de sa hutte n’était toujours pas revenu, elle n’osait même plus la regarder dans les yeux, comme si Denna  était capable de la tuer d’un regard. Mais Arduinna savait au fond d’elle, que même si elle avait entendu ou su tout ce que lui avait dit Denna bien plus tôt, elle n’aurait pas laissée cette femme blonde ensanglantée à sa porte. Peut-être qu’elle le regretterait plus tard.

« Quand vous serez en état de marcher, il vous faudra partir vite. Et ne jamais revenir. » dit-elle d’un ton à la fois sec et désolé.

Arduinna partit s’assoir dans son coin. Il n’y avait pas d’autres mots pour cela : clairement, elle lui faisait la tête. L’Askhadi se sentait trompée, mais il était hors de question pour elle de lui demander des explications ou des détails : l’ordre avait été bien reçu, plus jamais elle ne lui demanderait qui étaient ses ennemis et il était fort probable qu’elle ne lui demanda plus jamais quoi que ce soit d’ailleurs.

«  J’espère qu’un jour vous serez quand même quelqu’un de bien … » murmura-t-elle, plus pour elle-même que pour Denna qui put cependant clairement l’entendre de là où elle était.


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(#) Re: Au bord de la vie et des bois - Arduinna  Jeu 22 Juin - 16:25

Et voilà pourquoi elle préfère le mutisme à la parole, d'ordinaire. Dès qu'elle ouvre sa gueule, elle a le don de tuer l'ambiance, d'achever brutalement toute esquisse de détente, de début de fraternisation. Trop brutale pour enrober ses phrases d'une bonne couche de miel, trop honnête pour être une bonne menteuse, trop rustre pour dissimuler derrière des pirouettes oratoires. Ce qui vient de se produire n'en est qu'un exemple de plus. Adieu le sourire et la curiosité de son hôte, bienvenue à la prudence et à la défiance. Face au fauve qu'elle a introduit par mégarde dans sa demeure, c'est une saine réaction, Denna en convient largement. Pas de déception, pas de regrets, pas de culpabilité. C'est ainsi que les choses devraient être. Se faire mettre à la porte sur-le-champ n'aurait pas été si surprenant. Pour s'obstiner à l'héberger jusqu'à ce qu'elle puisse marcher, Arduinna est vraiment une bonne âme.

- Bien sûr. Une fois la porte franchie, vous ne me reverrez plus ici. Sur mon sang.

Promesse sacrée. Car la seule chose qui pourrait la ramener ici, sur les terres des Orketa, l'amènerait à piétiner cette dette qu'elle a contractée. Absolument hors de question. Ce serment prononcé, elle se dépêche d'engloutir la soupe. Délicieuse, même si elle aurait apprécié un ragoût de rat, devant les geignements de son estomac. Elle repose le bol à côté et se rallonge, submergée par une nouvelle vague de fatigue. Mais elle ne peut pas ne pas entendre la dernière remarque d'Arduinna. Elle voudrait l'ignorer, s'endormir, mais ses mots l'aiguillonnent, titillent sans relâche son esprit. Avec un soupir, elle pivote sur le flanc pour regarder approximativement dans sa direction.

- J'sais pas. Priez les dieux, je ne vois que ça.

Elle s'interrompt, cherche ses mots. Doit-elle parler ou non ? Qu'est-ce qui lui ferait le plus de mal, la vérité ou le silence, la connaissance ou l'ignorance ? C'est en hésitant, d'une voix lente, pensive, qu'elle poursuit.

- Y'a pas d'excuses, Arduinna. Je suis née comme ça. Que ça soit de la faute du ciel, du destin, du hasard, j'en sais rien. Famille normale, parents aimants. C'étaient des gens biens, eux. Pas des tueurs. Ma sœur l'est aussi. Quelqu'un de bien, je veux dire. Une guérisseuse. C'est dire. J'ai pas été frappée, insultée. J'ai pas eu faim, froid. J'ai manqué de rien.

Un rire bref lui échappe, à ce souvenir. Non, vraiment, des parents parfaits, autant qu'il l'était humainement possible.

- J'ai entendu les autres parler de leur conscience. De cette voix qui leur dit "Ce que tu fais, c'est mal." Je ne l'ai jamais eu, moi, même gamine. L'honneur, ouais, ça je l'ai compris, mais le bien, le mal, la morale, la justice ? Nope. Que dalle. Autant expliquer le soleil à une taupe. Je ne peux juste pas être quelqu'un de bien. Je ne le veux pas, au fond. Parce qu'il y a cette ... soif, cette faim de combats, qui ne me quitte jamais. C'est ça, ce que je suis. Une tueuse. Je l'ai choisie, cette voie, on ne m'y a pas forcée. Et je ne l'ai jamais regrettée.

Sur ces mots, elle se retourne sur l'autre flanc, tournant ainsi le dos à son hôte.

- Ne vous mettez pas martel en tête, si vous n'arrivez pas à comprendre ça. C'est mieux. Les seuls qui le peuvent vraiment, ce sont les monstres comme moi.
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(#) Re: Au bord de la vie et des bois - Arduinna  Dim 25 Juin - 10:33



Au bord de la vie et des bois


avec Denna



Pendant un instant, Arduinna fut rassurée : bientôt, Denna ne serait plus qu’un mauvais souvenir, elle partira d’ici et ne reviendra jamais. Tout sera oublié, l’Askhadi ne racontera même pas l’histoire de Denna, la Sengoli blessée par… Par on ne sait pas. Et qui repartira en direction de … De on ne sait où. En fait, il y a avait tellement de zones de flous qu’il n’y avait rien de concret pour raconter une histoire. La guerrière blonde rejoindrait la liste de ceux qu’elle oublierait. Elle ne pouvait pas s’empêcher de ne pas la détester pour autant, ça, c’était sa nature à elle. Arduinna devait être une bonne hôte coûte que coûte et elle fut heureuse de voir que la soupe avait plu, elle sourit presque.

Soit celle-ci n’était pas convaincue, soit celle-là n’était pas convaincante. Prier les dieux. Avait-elle seulement des dieux Arduinna ? Il lui semble que jamais elle n’a prié et qu’elle a toujours  seulement espéré. Elle espère que Denna ne mourra pas tout de suite. Elle espère qu’un jour son père bandit sera libéré, elle espère que Rokam retrouve un jour une femme. Elle espère ne jamais être confrontée à la mort. Mais elle n’espère plus que Denna puisse un jour changer.

À l’entendre, elle était victime de son destin et Arduinna ne comprit pas qu’il n’y avait rien à comprendre, elle était toujours à la recherche d’une logique. Denna était étonnante, elle s’éloignait en effet des profils habituels des gens mauvais. Sans doute ce bonheur l’avait dégouté et elle s’était forgé sa propre voie malsaine, semée d’embûches qu’elle-même avait déposée. C’était l’image qu’elle avait en tête, c’était d’ailleurs presque le contraire de sa propre histoire et de sa propre philosophie, elle qui n’aurait pas dû naitre et qui s’efforce d’être heureuse dans un monde triste.
Pour Arduinna, Denna était constamment en train de défier la vie et elle avait failli réussir tantôt si elle ne l’avait pas recueillie. Elle remarque ce petit rire : ça ne fait aucun doute pour l’Ashkadi, la blonde se rit du bonheur et de la simplicité.

Puis, trop de mots arrivèrent aux oreilles d’Arduinna : elle ne répondra pas à tout. Denna parlait vite (c’est qu’elle récupérait vite la démone) mais bien. Ce n’était que la suite de son exposé sur le bien et le mal. Il était intéressant mais brouillon aux yeux d’Arduinna qui avait parfois du mal à saisir la totalité des propos des gens, pas seulement ceux de Denna. Mais elle l’écouta avec grand intérêt. Bien, mal, morale, justice : tous ces mots avaient une image qui les accompagnait, par exemple, le bien prenait l’apparence d’un hérisson en train de méditer devant un lac habillé d’une toge. Qu’il devait être sage ! Denna lui répondit avec une taupe. L’Askhadi la laissa terminer, mais elle était restée bloqué sur cet animal.

Faim de combats. Tueuse. Comme s’il n’y avait qu’une forme de faim de combats. Arduinna avait faim de combats aussi ! Elle combattait le malheur et le mystère. Elle se battait contre la peur, la faim et la fatigue des gens. C’était une tueuse aussi, une tueuse des regrets, de l’affolement et de l’inquiétude.

« On peut expliquer le soleil  à la taupe. On ne lui explique pas la forme et la couleur, on lui explique la sensation. » dit-elle toujours sans la regarder.

Denna avait raison, Arduinna ne pouvait pas la comprendre et il était fort probable que cela ne fonctionna  pas dans l’autre sens non plus. La guerrière se présentait comme  un monstre, Arduinna ne semblait pas l’être. Tous les gens n’étaient pas fait pour s’entendre ou se comprendre, et Arduinna savait que c’était probablement cela qui avait précipité la fin de l’ancien monde.

La porte d’entrée s’ouvrit et Rokam fit son apparition. Il déposa ses armes en silence avant de s’avancer vers Arduinna.

« L’endroit semble sûr. Soit ils sont déjà loin, soit ils sont déjà… trop près. En tout cas il... Euh… Il fut étonné de voir les deux femmes se tourner le dos. Qu’est-ce qu’il s’est passé en mon absence encore ? dit-il en soupirant. Les femmes… » ajouta-t-il.


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(#) Re: Au bord de la vie et des bois - Arduinna  Dim 30 Juil - 18:42

La conversation mourut d'elle-même, vidée de tout objectif, de tout intérêt. La dernière répartie n'attira tout au plus qu'un haussement d'épaule, un reniflement blasé de la part de la blessée. Quel intérêt à expliquer à quelqu'un quelque chose qu'il est incapable de percevoir, de ressentir, de vivre ? Elle ferme les yeux, la respiration lente, épuisée aussi physiquement que psychiquement par l'effort qu'elle vient de fournir. A quoi bon ? Ce n'est pas comme si elle s'attendait à être comprise, n'est-ce-pas ? Pas une seule fois n'a-t-elle rencontré quelqu'un comme elle. Tous et toutes, guerrières et soldats, pourchassaient une autre fin, un autre objectif à travers leurs combats furieux. Fortune, gloire, camaraderie, puissance, domination, carnage, ego, talent martial ... tant de valeurs si ... étrangères. Elle ne se bat que pour se sentir vivante, un bref instant. Rien de plus. Rien de moins.

Le trappeur de retour, les derniers fragments de cet instant qu'elles ont partagé, de cet échange aussi infructueux qu'agaçant, finissent de voler en éclat. Sans se retourner, elle maugrée, à l'attention du colosse :

- Ma faute. J'ai ouvert ma grande gueule. J'essaierai de mieux la fermer.

Le sommeil n'est pas long à venir la trouver. Des rêves étranges et dérangeants, des souvenirs enfouis, du passé. Miria. Saniva. Ses parents. Pourquoi, après toutes ces années de silence et d'oubli ? Est-ce la discussion qui les a ranimés ? Est-ce cette Arduinna qui lui fait penser à sa sœur, avec sa bonté tranquille, avec cette terrible certitude de faire peser une menace, de souiller leur havre, leur bulle de calme et de paradis ? Une prémonition ? Un avertissement ? Elle ne se réveille pas en sursaut, elle ne hurle pas, elle ne gémit pas dans son sommeil. Mais ces assauts oniriques n'améliorent en rien son humeur déjà ravagée par l'immobilité forcée et l'inaction. De plus en plus figée dans un mutisme dont elle ne sort que pour remercier ses hôtes à l'occasion des repas ou des soins, elle ne fait rien pour améliorer l'impression qu'elle leur laissera à son départ. Des jours s'écoulent, une semaine entière, avant qu'elle ne parvienne enfin à quitter son lit sans se plier en deux de souffrance. Les douleurs persistent encore, la gêne aussi, mais elle peut reprendre la route sans mettre sa vie en danger à chaque pas. C'est assez.

Face à l'heure bien trop avancée à son réveil, elle renonce à reprendre la route à l'instant même. A la place, elle se lance dans une série d'étirements, tantôt lents, tantôt rapide, autant pour dégourdir ses membres que de juger de son état. Voyager est envisageable, se battre l'est moins, une extrémité à éviter autant que possible.

- Arduinna ? Pourriez-vous m'indiquer la direction de la plus proche bourgade ? Je me débrouillerais pour la suite ... Si cela vous convient, je partirais dès l'aube. Je n'ai que trop abusé de votre hospitalité.

Si elle s'écoutait, elle partirait dans l'instant. Il y a ce pressentiment qui ne cesse de grandir, ce frémissement coutumier. Danger. Hélas, loin d'un oracle infaillible, ce murmure-là s'est déjà trompé plus d'une fois. S'engager au crépuscule dans des terres inconnues, dans une contrée si boisée, ne pourrait que mal finir. Alors elle ronge son frein.

A l'orée de la clairière, trois hommes tristement familiers, épuisés par la vaine traque qu'ils ont menée pendant des jours, viennent de poser pied à terre. La seule raison qui les amène, un toit et un repas chaud pour la nuit, peut-être une couche ou à défaut le plancher. Déjà, ils s'avancent, tirant leurs cheveux par la bride. A l'intérieur, Denna passe en revue ses maigres possessions. Quelques pièces ont survécu au voyage, dissimulées dans sa chausse. Suffisamment pour compenser son séjour et acheter le minimum pour voyager ? Il ne lui reste qu'à espérer, malgré ses médiocres dons pour la négociation. Elle se tourne vers Arduinna pour l'interpeller à ce sujet, inconsciente de l'approche du trio.
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(#) Re: Au bord de la vie et des bois - Arduinna  Jeu 31 Aoû - 19:09



Au bord de la vie et des bois


avec Denna



Dans ces moments-là, Arduinna était vraiment très gênée et aimerait tant pouvoir devenir invisible ou disparaître. Elle voulait apprécier et aimer Denna de tout son cœur, persuadée qu’elle était une mauvaise personne par erreur, la rassurer, lui dire que tout irait mieux, mais il n’y arrivait pas. En d’autres termes, elle n’aimait pas de pas aimer. Elle en avait presque honte, alors que c’était pourtant quelque chose d’humain d’aimer des gens et ne pas en aimer d’autres. Mais l’aubergiste ne voyait pas cela de cet œil et se réjouissait d’avance de savoir que tout serait résolu le jour ou Denna quittera la taverne. Rokam, après avoir entendu l’explication de la blonde ne sait pas quoi faire dans ces moments non plus, alors il console Arduinna en lui chantonnant un petit air rassurant. Oh, lui il aimerait bien la prendre dans ses bras, mais alors qu’elle le voudrait pourtant bien, elle ne supporte pas le contact avec les autres. Bref, sous ce toit se trouvent trois individus bien étranges entourés de personnes encore plus étranges qu’eux. Ce soir-là, Arduinna n’a pas dormi.

Les jours suivants, il s’installe une sorte de routine tout à fait insupportable. Arduinna évite du mieux qu’elle peut le regard de la guerrière convalescente et ne sourit que lorsque d’autres clients atterrissent à l’auberge ou lorsque Rokam vient lui rendre visite. À chaque fois qu’il part, elle le supplie du regard de rester encore un peu, de ne pas la laisser seule avec Denna qui finit par se confondre avec ce lit. Elle la nourrit, elle surveille ses blessures, elle lui change ses draps, elle lui fait de l’air quand elle a trop chaud, elle lui rajoute une couverte quand elle a trop froid, mais toutes ces interactions semblent être reproduites machinalement et se font dans le silence le plus total.

Rokam est présent le jour où Denna essaye de se lever une bonne fois pour toute : il l’aide, elle parvient d’abord à s’asseoir sur le bord du lit, un effort supplémentaire, la voilà debout. Arduinna sourit : elle s’en va enfin. Elle l’inspecte encore une fois ses blessures, lui change ses bandages pour la dernière fois, elle murmure timidement qu’elle pourra les enlever d’ici deux jours sans avoir besoin de les changer, elle en sera débarrassée pour de bon. Mais il fait déjà bien sombre dehors, peut-être que ce n’est pas le bon moment pour reprendre la route. Il faudra donc compter sur une dernière nuit à passer en sa compagnie. Arduinna sursaute quand Denna lui adresse la parole, elle s’était habituée à son silence. Elle place des doigts refermés sur sa bouche, ne sait trop où regarder, passe une main sur son front et finit par acquiescer.

« Mossval au sud-ouest… Village de fermiers…  Environ…  deux heures de marche. Ils ont des chevaux à vendre.
« Si vous partez au nord, vous arriverez sur Neywick, mais vous changerez de territoire… » compléta Rokam.

Puis, le trappeur se mit à déplumer un faisan muté à plumes grises et Arduinna se mit à tricoter un châle pour Denna, pas vraiment un cadeau en soit, mais Arduinna estimait qu’elle avait besoin de garder son coup au chaud. Comme d’habitude tout devint calme sous le toit de l’auberge et bientôt cette rencontre ne serait plus qu’un lointain souvenir. Rokam sans doute épuisé, manqua de se couper un doigt. D’abord il jura, mais il finit par adresser un sourire complice à l’aubergiste qui le lui rendit. Il en conclut que le moment de faire une pause était arrivé et ainsi, il se dirigea tranquillement vers la petite fenêtre à côté de la porte d’entrée histoire de respirer une bouffée d’air fraîche. Placé de cette manière, il détecta trois hommes qui avançaient péniblement vers l’auberge.
Denna s’était rapprochée d’Arduinna, probablement pour lui demander quelque chose. Mais au moment d’ouvrir la bouche, Rokama, toujours la tête tournée en direction du trio se gratta la tête.

« Trois clients… C’est tard pour se pointer à cette heure-ci. C’est louche même. C’est qu’ils sont sacrément armés tiens…  »

Au fur et à mesure qu’elle entendait Rokam faire la description de ce qu’il voyait, Arduinna se tournait lentement vers Denna avec un regard inquiet. Lorsque Denna pâlit, Arduinna sut qu’elle avait raison de se douter de la présence de trois hommes armés : il se pourrait bien que ça soit justement les poursuivants de la guerrière.

« Oh non… » fit Rokam à voix basse qui, en se tournant vers les deux femmes, arriva à la même conclusion sur l’identité de ces nouveaux arrivants.

Bien sûr, il pouvait s’agir d’autre chose, mais il n’y avait pas de risque à prendre. Arduinna prit Denna par la main un peu brutalement ce qui lui fit mal (à cause des blessures) ; elle s’excusa dans un souffle et l’entraina jusqu’à une vielle commode d’un artisan Sengoli destiné à la vente, mais qui pour le moment servira de planque. L’Askhadi la plaça du mieux qu’elle put dans cette cachette de fortune, lui tendit une dague et referma avec délicatesse la porte.  À ce moment-même, les trois hommes, accueilli par Rokam, pénétrèrent dans la petite hutte qui après avoir accueilli la fugitive, accueillait les poursuivants.

« Pour manger et pour dormir, nous sommes trois, déclara le plus grand des trois hommes, tous visiblement épuisés.
- Oui », dit faiblement Arduinna, cachant tant bien que mal sa nervosité.

Le repas fut servi, Rokam alla se placer au coin du feu en jetant de temps en temps un coup d’œil furtif vers les trois gaillards tandis qu’Arduinna, les bras croisés se tenait non loin de la table où les mystérieux individus mangeaient en échangeant quelques mots de temps à autre.
L’aubergiste fut un instant prise de honte, car elle venait de songer à leur dévoiler l’emplacement de Denna s’ils offraient une récompense. Dans cette histoire, qu’étaient ces hommes, et qu’était Denna ? Comment être sûre, en aidant l’un ou l’autre, de faire le bon choix ? Y avait-t-il d’ailleurs un bon choix ?

« Y’a pas à dire, ça fait du bien de grailler ! » soupira le plus petit des trois hommes
- Vous n’avez pas mangé depuis longtemps ? fit Rokam pour enquêter.
- Peut-être deux jours. On n’avait pas le temps de s’arrêter pour manger, il fallait qu’on la rattrape.
- Je connais ce genre de traque. Je suis trappeur.
- Ah oui ? En ce qui nous concerne, ce n’était pas un animal que nous cherchions. »

Un petit silence s’installe. Arduinna prépare trois lits, Rokam calcule le nombre de pas qu’il lui faudra faire pour atteindre ses hachettes.  Peut-être que tout aurait pu s’arrêter là. Peut-être qu’ils auraient passé une nuit tranquille et seraient repartis le lendemain. Mais Denna était sortie de sa cachette. Le pas lourd, la dague à la main, elle s’immobilisa en regardant tour à tour les trois hommes. Eux étaient bouche bée, l’un avait encore sa fourchette à la main, comme figé sur place.

« Eh bien… Nous avons fini de chercher. » fit l’un deux en déposant son assiette.


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